26 Mar Sanyu, le « Matisse chinois »
Après l’exposition consacrée au « vieux fou de dessin » japonais Hokusai, qui a battu des records de fréquentation en 2023, le Musée départemental des Arts Asiatiques, à Nice, accueille cette fois l’un des principaux représentants de la peinture chinoise moderne, souvent surnommé le « Matisse chinois » : Sanyu.
Depuis 1998, au cœur d’un bâtiment épuré conçu par l’architecte japonais Kenzo Tange, le musée départemental des Arts Asiatiques permet de découvrir les grandes figures de l’art asiatique, dont beaucoup restent encore largement méconnues en France. Ce qui a touché l’équipe du musée ainsi que le Conseil départemental, c’est avant tout l’invitation universelle à l’humanité portée par l’œuvre de cet artiste né en 1901 dans la province chinoise du Sichuan.
Sanyu a grandi dans une famille aisée, propriétaire de l’une des plus grandes fabriques de soierie de la région. Son intérêt pour l’art, largement encouragé par son entourage, se révèle dès son plus jeune âge. Son père, peintre animalier, lui transmet les rudiments du dessin et de la peinture, tandis que son frère finance son apprentissage. Il reçoit ainsi une éducation à domicile, alternant cours de calligraphie avec Zhao Xi, et cours de dessin avec son père.
Après un passage à l’université de Shanghai, il s’installe au Japon en 1919 pour poursuivre sa formation, avant d’élargir ses horizons à Berlin, puis à Paris l’année suivante. C’est dans la capitale française qu’il amorce ses propres recherches artistiques. Fasciné par les méthodes d’apprentissage moins traditionnelles, il fréquente l’École de la Grande Chaumière, où il découvre le dessin de nu sur modèle vivant, une révélation qui marquera profondément son travail.
Sanyu se libère progressivement du carcan traditionaliste de l’art asiatique et propulse son œuvre au seuil de la modernité. Il préfère les environnements d’apprentissage informels, esquisse des portraits de son entourage, réalise des aquarelles, comme Femme au carnet de dessin, et peint des natures mortes à l’huile, telles que Deux gros hortensias roses dans un vase blanc (1931). Mais c’est surtout l’étude du nu qui devient sa préoccupation majeure, un domaine dans lequel il va exceller dès la fin des années 20.
Les années 1930 et 1940 sont les plus fécondes pour l’artiste. Empreint d’un certain émerveillement, il réalise des œuvres aux tonalités paisibles et harmonieuses, des représentations figuratives teintées d’un modernisme grandissant. Son art évolue, révélant l’influence du milieu parisien, mais surtout la puissance et la fluidité du trait de son pinceau.
En 1966, la situation est tout autre. Lorsqu’il meurt asphyxié par une fuite de gaz dans son atelier parisien, Sanyu est tombé dans l’oubli. Sans héritiers, ses centaines de dessins sont mis en caisses, vendus aux enchères à l’Hôtel Drouot… au poids. Il faudra attendre les années 1990 pour que d’importantes expositions, à Taïwan puis à Paris, permettent la redécouverte de ce peintre et sa reconnaissance comme l’un des principaux représentants de la peinture chinoise moderne.
Cette exposition niçoise, la première en France depuis 21 ans, rassemble plus de 100 œuvres de l’artiste, dont la majorité est exposée pour la première fois au public. Autour d’elle, des ateliers, visites guidées et conférences permettront d’explorer en profondeur l’univers du maître chinois. Détails de la programmation sur le site du musée.
Jusqu’au 15 juin, Musée départemental des Arts Asiatiques, Nice. Rens: maa.departement06.fr
photo : Sanyu (1895-1966), Femme couchée, le bras derrière la tête, Années 1930, Crayon graphite sur papier, Gauchet Art Asiatique ©Thomas Fontaine / Adagp, Paris, 2025