26 Mar Taggia : un bel alliage entre gatronomie et histoire
À quelques encablures de San Remo, Taggia est l’un des « Plus beaux villages d’Italie » depuis 2017. Si ses longues plages de sable sont très prisées, deux autres raisons valent tout autant le déplacement : l’olive et le Moscatello de Taggia, dont les origines se confondent avec l’histoire et les traditions de la ville, et que nous vous invitons à découvrir, en partenariat avec la Chambre de commerce italienne de Nice.
Nombreux sont ceux qui ignorent que Taggia, village médiéval situé dans la Vallée de l’Argentina, à quelques kilomètres de la France, est le berceau de l’olive Taggiasca ; un produit qui, ces dernières années, est arrivé sur les tables du monde entier et employé dans les recettes des plus grands chefs italiens et internationaux.
Olive taggiasca
L’histoire de ce cultivar (variété de plantes) est étroitement liée aux origines du village, l’un des plus beaux d’Italie. Au VIIe siècle est fondée l’abbaye de Nostra Signora del Canneto, et, avec l’arrivée des moines bénédictins, se répand la culture de l’olivier. Au cours du Moyen Âge, les moines améliorent la plante grâce à une série de sélections minutieuses, créant ainsi le cultivar Taggiasca. Des moines qui ont également enseigné à la population locale la technique du terrassement des montagnes, avec des murs en pierres sèches. L’olivier et les terrasses typiques de l’ouest de la Ligurie caractérisent encore aujourd’hui le paysage.
Mais quel est le secret du succès de cette olive locale ? « Les olives sont excellentes simplement en saumure (olives de table) grâce à leur croquant et à leur saveur unique. Elles sont également utilisées pour produire une huile d’olive extra vierge réputée pour son parfum, son goût et sa finesse. Idéale donc pour tous les plats, du poisson aux desserts« , explique Luciano Beranger, de l’association Oro di Taggia.
Au fil des siècles, l’adaptation de la plante aux brises froides de la tramontane et à la chaleur de la mer a permis d’obtenir une huile fruitée au palais et à l’odorat, mais peu amère et peu piquante en bouche. Une huile ronde, douce et délicate, capable d’enrichir les plats sans toutefois en masquer le goût. Pour ces raisons, elle est très appréciée dans les cuisines et les restaurants gastronomiques.
Moscatello di Taggia
Un autre produit local qui a accompagné l’histoire du village situé dans la vallée de l’Argentine est le Moscatello di Taggia, un vin blanc qui, à la fin du Moyen Âge, était connu sous le nom de « vin des papes ».
« L’histoire du Moscato di Taggia, issu du cultivar à fruits blancs du même nom, commence vraisemblablement entre la période précédant la chute de l’Empire romain d’Occident et les siècles les plus sombres du Moyen Âge, lorsque de denses réseaux commerciaux se sont tissés en Méditerranée et que la transmigration de variétés vers l’Europe chrétienne est devenue massive« , résume le professeur Alessandro Carassale, président du Centre international d’étude de l’histoire de la vigne et du vin (CeSVin), inauguré en 2023 à Taggia.
Sante Lancerio, cellérier de Paul III Farnèse, pape de 1534 à 1549, écrivait dans une évaluation des Moscati parvenus au souverain pontife : « Parmi les nombreux examinés, le meilleur est celui qui provient de la Riviera de Gênes, d’une ville nommée Taggia. Pour connaître leur parfaite bonté, il ne faut pas qu’ils aient une couleur vive, mais dorée, qu’ils ne soient pas fumés et trop sucrés, mais aimables, et qu’ils aient un peu de cotognino (goût de coing) et pas d’agrestino (goût piquant et désagréable)« .
Avec l’évolution des goûts et de l’économie de plus en plus tournée vers la production d’huile, et à la suite de l’épidémie de phylloxéra qui frappa les vignes de l’extrême ouest de la Ligurie vers 1880, le Moscatello di Taggia tombe dans l’oubli… jusqu’à récemment ! En 2003, le viticulteur Eros Mammoliti, aidé par le futur œnologue Giampiero Gerbi, s’est lancé dans une recherche fébrile de plantes de muscat blanc, parfois vieilles de plusieurs siècles, susceptibles d’être multipliées.
Grâce aux travaux de l’institut de virologie CNR-IVV de Grugliasco et de l’université de Turin, il a été possible de reprendre cette culture et la production de l’ancien vin. Aujourd’hui, le Moscatello di Taggia est redevenu une réalité importante de la viticulture ligure. Un vin apprécié « à la robe jaune d’or, légèrement ambrée, aux arômes intenses avec des notes fruitées et florales, accompagnées d’une structure acide importante ; en bouche, la sensation est celle d’une douceur chaleureuse avec un soupçon de confiture« , raconte Alessandro Carassale.
Dans le village, chaque année en mai, ces deux produits uniques sont célébrés lors de l’événement Meditaggiasca & Expo Valle Argentina Armea. Deux jours — les 4 et 5 mai 2025 — dédiés à la cuisine et aux mets délicieux, avec des spectacles de cuisine, des dégustations, des rencontres et des ateliers thématiques. Un juste hommage pour deux produits qui ont toujours accompagné le développement et l’histoire de Taggia : un village au passé glorieux, comme en témoignent les anciens palais nobles, les somptueuses églises et les prestigieux monastères.
Rens: ccinice.org – visitezitalie.fr
photo : Taggia © Chambre de commerce italienne de Nice