Âmes sacrées

Âmes sacrées

C’est l’histoire de deux artistes qui, à force de se côtoyer, finissent par exposer ensemble, à un moment où chacun traverse une sorte d’appel spirituel.

Jean-Antoine Hierro est un genre de globetrotter : créateur, peintre, poète. Pendant quelques années, son atelier itinérant avait trouvé refuge dans le grand espace que Norbert Waysberg partageait avec Charlélie Couture et quelques autres artistes, en plein cœur du Spanish Harlem, à New York. Il n’avait suffi que de quelques mots échangés sur le pas de la porte pour que Norbert l’invite à les rejoindre dans ce lieu magique. Hierro y a passé des heures de création idéales. « Un artiste ne devrait rencontrer New York que dans ces conditions. Ce fut un des plus beaux cadeaux que la vie m’ait faits« , raconte ce dernier.

Les deux hommes s’y sont croisés un temps, mais c’est surtout par mail, sur les réseaux sociaux ou via WhatsApp, qu’ils ont véritablement entamé un dialogue. Ces deux grands voyageurs ont ainsi cultivé un lien singulier. Norbert Waysberg a depuis quitté New York, tandis que Jean-Antoine Hierro est revenu à son port d’attache, Nice – comme il le fait régulièrement après chaque voyage. Et aujourd’hui, c’est lui qui invite son ami. Sans s’être concertés, les voilà qui se retrouvent à travailler tous deux sur le thème du sacré.

Redécouvrir le sens du sacré…

Depuis 2023 et son travail à la chapelle Saint-Sauveur de Villeplane, un des hameaux de Guillaumes, qu’il a entièrement repeinte et décorée, Hierro explore une lumière spirituelle à travers une évocation de la technique du vitrail. En recomposant avec subtilité un répertoire symbolique issu de la Bible, ses acryliques, puissamment colorées, incarnent une heureuse jonction entre nature et spiritualité. Inspirée tant par l’Art nouveau que par la Figuration libre, la végétation hybride qui s’y déploie devient une forme d’élévation vers la lumière.

Durant ses dix années passées aux États-Unis, Norbert Waysberg a beaucoup étudié l’architecture métallique des ponts, devenue un leitmotiv de sa peinture. Mais son retour en France a transporté dans son imaginaire de nouveaux motifs. Depuis 2022, ses aquarelles de cathédrales ne représentent pas l’architecture gothique en tant que telle, mais en révèlent l’essence profonde : la mise en scène de la lumière comme attribut divin. Amplifiées par des cadrages influencés par son travail photographique, les élévations de ses cathédrales jettent, elles aussi, un pont entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes.

…dans une quête d’absolu

Ainsi se retrouvent-ils à un moment où, pour des raisons différentes, la spiritualité des monuments catholiques les frappe tous deux — alors que Norbert Waysberg est juif et Jean-Antoine Hierro chrétien, sans être un grand pratiquant. Cette exposition commune met en lumière la confluence de deux trajectoires esthétiques, le long d’un parcours épuré qui rend hommage à la quête d’absolu de deux artistes mis en mouvement par une recherche spirituelle de la beauté : Waysberg avec ses somptueuses aquarelles de cathédrales gothiques ; Hierro avec ses vitraux en trompe-l’œil aux formes parfois psychédéliques, inspirés de la chapelle qu’il a eu la chance de ressusciter.

La rencontre entre la quasi-monochromie de l’un et l’exubérance colorée de l’autre crée un équilibre paisible dans lequel ils se retrouvent. Cette quête parait naturelle dans une époque marquée par une perte totale de repères, à grands coups de fake news et de violences générées par des sociétés dont les dirigeants semblent devenir fous…

Malraux ne s’y était pas trompé : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. » C’est pourquoi Jean-Antoine Hierro voit dans cette exposition un signe : « La vie et le monde sont suffisamment chaotiques, et souvent décevants, pour éclairer à leur juste valeur les êtres et les moments privilégiés. »

Jusqu’au 7 juin, Galerie Parvillé, Nice. Rens: FB claude.parville

photos : à gauche, Sans titre © Jean-Antoine Hierro / à droite, Métamorphose, 150cmx110cm © Norbert Waysberg