Coco Chanel, follement libre

Coco Chanel, follement libre

Grâce au Nouveau Musée National de Monaco, la Villa Paloma passe l’été en compagnie de Gabrielle Bonheur Chasnel, mondialement célèbre sous le nom de Coco Chanel.

Née à Saumur en 1883, la jeune Gabrielle perd sa mère à 12 ans. Adolescence en orphelinat religieux. Apprentissage de la couture auprès de sa tante. Partie de rien, Coco Chanel se forgera un destin hors du commun en traversant les Années folles ivres de champagne, de bals emplumés. Folles années où des femmes pionnières ôtaient leurs corsets, où les artistes piétinaient les interdits, envoyaient valser les codes et les modes. Intuitive, Coco Chanel lorgnera vers l’avant-garde, percevant que c’est là que tout se joue. La commissaire Célia Bernasconi souligne que nous n’avons pas affaire à « une exposition de mode. Elle confronte une trentaine de modèles de couture, réalisés par Gabrielle Chanel entre 1916 et 1930, aux œuvres d’artistes peintres, plasticiens, scénographes de cette période, dans l’objectif de restituer l’esprit expérimental et les relations transdisciplinaires qui étaient alors de mise. Les années 20 sont en effet emblématiques de cette fusion des arts (…) Le sujet principal de cette exposition est le corps féminin, tel qu’il fut rêvé, pensé et libéré par Coco Chanel, à une époque de transformations sociales majeures. »

Ainsi les 30 modèles de couture et accessoires de l’artiste sont montrés en vis-à-vis de 40 œuvres d’artistes-phare d’une période assoiffée de vie. Exorciser les horreurs de la 1e Guerre Mondiale : Kees Van Dongen, Pablo Picasso, Jean Cocteau… Puis une série de photographies de Man Ray, Dora Kalmus, Edward Steichen et Robert Shall, entre autres, témoigne de la vitalité de ce renouveau. Trois volets séquencent cette exposition logiquement intitulée Les Années folles de Coco Chanel

La première évoque La vie en plein air et l’essor des loisirs balnéaires. À Deauville en 1913, Chanel, jusque-là créatrice de chapeaux à Paris, franchit un cap. Avec ses chapeaux, puis avec ses tenues minimalistes qu’elle crée et porte, et qui séduisent les dames engoncées de la haute-société. Sem, caricaturiste, immortalise une Coco, femme leptosome et déliée. Elle inspire le peintre Kees Van Dongen. Chaperonnée par son amant anglais « Boy » Capel, Chanel entre par la grande porte, dans le grand monde. 

Le 2e section est consacrée aux Ballets russes et à l’influence des cultures slaves. Monte-Carlo, 1914 : Chanel ouvre une deuxième boutique. L’Opéra monégasque rayonne en Europe et attire les Ballets russes de Diaghilev. La Principauté, luxueuse toile de fond qui promeut les sports nouveaux, est dans le viseur de Jacques-Henri Lartigue. Mariage princier en tenue Chanel. Golf, tennis, équitation en plein essor. Troisième boutique à Biarritz. Sportive, Chanel aime les bains de mer et se taille des costumes sur mesure. Matière jersey pour corps en mouvement. La fine fleur mondaine suit. Voici Jean Cocteau. Elle dessine les costumes de sa pièce Antigone. De même, que ceux du ballet Le Train Bleu créé en 1924 par Serge Diaghilev. Marie Laurencin, elle, signe les costumes du Ballet Les Biches, et Natalia Gontcharova, ceux du ballet Les Noces. Picasso peint le rideau de scène. Convergence des talents qui entrent dans la danse et la modernité…

L’ultime thématique se penche sur L’invention du « style Riviera ». On est  en 1928, Coco Chanel a désormais pignon sur rue, et 45 ans. Besoin de se poser et d’un point de rencontre entre amis. Ce sera La Pausa, villa à Roquebrune-Cap-Martin où, 20 ans durant, Chanel y accueillera les ami.e.s et artistes talentueux qui auront contribué à la glorieuse ascension vers les sommets de la jeune et ambitieuse Gabrielle Bonheur Chasnel, dite Coco Chanel.

ÇA PIQUE !
Si la Villa Paloma se penche sur le fabuleux destin de Coco Chanel, la Villa Sauber s’intéresse aux… Cactus. Une exposition alliant botanique et art, en partenariat avec le musée Yves Saint Laurent Marrakech. Formes simples, figures fractales, couleurs variées, textures épineuses, duveteuses ou cireuses, les cactus fascinent depuis des siècles. Originaires des zones arides, ils illustrent la diffusion des flores tropicales en Occident, étudiés et collectionnés depuis le XIXe siècle. Leur influence sur des jardins prestigieux, de la Californie aux Canaries, est d’ailleurs mise en lumière à travers de nombreux documents et photographies. Leur esthétique unique a également inspiré de nombreux artistes au XXe siècle, les transformant en figures transgressives pour architectes, designers et réalisateurs. Diverses œuvres en témoignent ici, d’un film de Sergueï Eisenstein à un dessin de David Hockney sur iPad, montrant l’impact artistique des cactées. Glissant successivement du registre scientifique à un registre artificiel parfois étrange, voire menaçant, l’exposition s’échappe de l’intérieur confiné du musée pour se poursuivre dans les jardins de la Villa Sauber transformés pour l’occasion en un spectaculaire jardin de cactées grâce à l’aide du Jardin exotique de Monaco.

Les Années folles de Coco Chanel, jusqu’au 5 oct, Villa Paloma • Cactus, 6 juil au 11 janv, Villa Sauber. Nouveau Musée National de Monaco. Rens: nmnm.mc

photo: Pablo Picasso, Les Baigneuses, 1918. Huile sur toile, 27 × 22 cm. Musée national Picasso,Paris – Inv. n° MP61 © Succession Picasso, 2025 © GrandPalaisRmn (musée national Picasso-Paris) / Sylvie Chan-Liat – Service presse NMNM