21 Juil Une grande dame n’est plus
Françoise Miran nous a quittés. Elle rejoint l’Olympe des musiciens et des poètes, où elle retrouvera ses amis brésiliens, ceux des Étoiles, mais aussi Georges Moustaki, Claude Nougaro, Yves Montand, ou Joseph Kosma, qu’elle défendit tant.
Françoise était une pionnière : chanteuse et musicienne, elle organisa un festival brésilien à Nice dans les années 80, ainsi que de nombreux autres concerts et festivals, où elle permit aux progressistes, aux défenseurs des droits humains, d’accéder à une tribune : la scène.
En 1980, année où elle chante Léo Ferré au théâtre Francis-Gag, Françoise Miran crée Les Alizés, une association qui allie avec bonheur actions culturelles et sociales, produisant de nombreux artistes dans les salles de Nice tout en accomplissant un travail formidable dans les quartiers de la ville.
Organisatrice de nombreux festivals de jazz et de musiques latines, dont le Festival brésilien aux Arènes de Cimiez, ou le Festival Jazz Off du Nice Jazz Festival, Françoise Miran s’investit également personnellement dans la chanson française, en créant de nombreux spectacles dans lesquels elle chante Ferré, Kosma, Brassens, Barbara, Bruant, Prévert, Aragon.
Françoise Miran montera aussi un spectacle intitulé Escales, où elle interprète ses propres chansons : un voyage parsemé d’escales, de villes, de pays, de ports, d’amis, d’ennemis, d’émotions — toute une vie défile au hasard des événements, heureux ou malheureux, ou de rencontres…
Elle continuera jusqu’au bout à accueillir ses amis autant que sa famille — enfants, petits-enfants — dans sa maison de La Londe. Véritable paradis où la liberté primait et la poésie supplantait la logique. Car même dans la dernière partie de sa vie, elle a lutté pour la liberté, la fraternité, la musique…
De la musique à l’écriture
Elle avait aussi entamé en 2008 une carrière littéraire avec un livre incroyable, Un voyage historique avec le Che (éd. L’Harmattan), ouvrage auquel elle a contribué avec Omar Fernandez Canizares, compagnon de route du commandant Ernesto Che Guevara, avec qui il parcourut différents pays afro-asiatiques dans l’idée de nouer des relations commerciales, culturelles, techniques et politiques avec la révolution cubaine.
Puis vint en 2016, Inoxydable aventureuse (éd. Les Impliqués), comme l’avaient surnommée ses amis : Rémy Kolpa Kopoul pour l’adjectif, et Georges Moustaki pour le substantif. L’autobiographie d’une femme libre, née d’un père breton et d’une mère antillaise, qui a parcouru de nombreux pays et différents univers. Une vie faite de rencontres, d’amitiés, de moments heureux et malheureux. Mais surtout l’histoire d’une femme qui a su vivre ses passions — musique, chansons, liberté… — et conserver le feu sacré.
En 2018, elle s’attelle à une biographie du compositeur Joseph Kosma, puis en 2022, écrit Ces dames du Cabaret, qui retrace le parcours des femmes dans le cabaret de 1900 à nos jours. Car elles y ont joué un rôle prépondérant : créatrices de lieux, directrices, interprètes, autrices-compositrices-interprètes, comédiennes dans le cinéma et le théâtre — sans parler de celles qui ont été… agents secrets ! Et cela, à une époque où les femmes n’avaient pas de droits. C’est Françoise, la féministe, qui brille ici.
En 2023, elle rendait hommage à Georges Moustaki, l’ami de toujours, avec Moustaki. Métèque mais pas que…. Symbole d’une époque et d’une aspiration à la liberté, légende de la chanson française, il chantait la fraternité et la joie. On « retrouvait » alors, grâce à Françoise, et 12 ans après son décès, l’homme simple, chaleureux et universel qu’on appelait Jo, et qui finit sa vie à… Nice.
Sa famille, ainsi que nombre de musiciens, lui ont rendu un hommage solaire, comme elle le fut et le restera dans nos cœurs. Toute notre équipe adresse ses condoléances les plus sincères à sa famille et à tous ses proches.