Construire ensemble l’avenir de notre territoire 

Construire ensemble l’avenir de notre territoire 

L’urbanisme est un des enjeux principaux pour notre futur. Les changements climatiques, l’économie de l’aménagement, la démographie, les mouvements de population ont changé les paramètres d’un urbanisme qui, dans notre région, fut quelque peu anarchique dans les années 60 et 70. Le Code de l’urbanisme prévoyant la création d’Agences d’Urbanisme, notre région s’en est dotée en 2022. En septembre dernier, cette Agence d’Urbanisme Azuréenne (AUA) a déjà pu dresser un bilan plus que positif de son action, lors de son assemblée générale. Nous avons rencontré son directeur, Alain Philip, pour qu’il nous détaille son éthique : la co-construction, soit concevoir tous ensemble une « habitabilité de notre territoire » en tenant compte de tous les défis futurs et des nouveaux paramètres qu’ils impliquent.

Quand humanisme et naturalisme riment avec urbanisme

Alain Philip est un architecte et un urbaniste à part. Toute sa carrière a été guidée par l’intérêt général et par une idée plus humaine, plus démocratique de l’urbanisme. La concertation est au centre de sa démarche : c’est ce qu’il appelle de la co-construction.

Déjà, au sein de sa propre agence d’architecture et d’urbanisme, Alain Philip travaillait sur des programmes et des études qui étaient en lien avec le secteur public. Plus tard, il a décidé de délaisser son agence pour collaborer directement avec le service public. Il participera ainsi à de nombreuses études et grands travaux dans Nice, la Métropole et sa région. 

Fort de son expérience, il a été chargé de mettre en place une agence publique d’urbanisme originale, conseil précieux pour tous les acteurs qui portent des politiques publiques d’aménagement, afin de veiller à une meilleure « habitabilité » de notre région. C’est-à-dire une région où il fera bon vivre, ensemble, et de manière adaptée aux défis qui s’annoncent : changement climatique, lutte contre la pollution, gestion de l’eau, des transports, et surtout préservation d’une qualité de vie qui permette de mieux profiter de cette région exceptionnelle. Grâce à lui, et au travail de l’AUA, notre journal lance une rubrique autour de l’urbanisme, car en dehors de la guerre et des peurs contemporaines, il convient de garder le désir de construire, ensemble pour nos enfants et bien après. 

Un peu d’histoire 

Les agences d’urbanisme trouvent leur origine dans la loi d’orientation foncière de 1967. Elles ont été créées pour accompagner les grands projets d’aménagement du territoire et demeurent aujourd’hui des instruments publics essentiels dans la mise en œuvre des politiques urbaines. Spécificité française, ce modèle s’inscrit néanmoins dans une tradition européenne attachée à la planification territoriale, à la différence des systèmes anglo-saxons ou asiatiques, davantage tournés vers des logiques de marché.

Le Concilio d’Ornato, précurseur ?

Dans la région niçoise, cette culture de la planification s’enracine bien avant l’intégration de Nice à la France. Dans le giron du royaume de Piémont-Sardaigne, le Concilio d’Ornato – ou Conseil d’ornementation – constituait déjà une instance politique et technique originale : élus, experts, acteurs économiques et habitants y définissaient collectivement les règles d’évolution de la ville. Cette approche anticipatrice a façonné durablement l’organisation urbaine niçoise, des axes de circulation à l’implantation des quartiers entre la vieille ville et les nouvelles extensions.

Dans les années 1930, le plan Cornudet prolongea cette logique en dessinant l’extension de la Plaine du Var. Mais à partir des années 1960-70, l’urbanisme local bascule vers une approche plus libérale, dominée par la spéculation foncière et l’économie balnéaire. Les collines horticoles et les plaines agricoles cèdent place à l’urbanisation résidentielle et touristique. Ce développement s’opère alors sans réelle prospective ni anticipation des besoins en équipements publics, marquant une rupture avec la tradition de planification collective.

Aujourd’hui, un autre urbanisme 

Aujourd’hui, la planification urbaine se confronte à un bouleversement majeur. Les modèles hérités des Trente Glorieuses sont devenus obsolètes face aux défis du changement climatique, de la pression démographique et des transformations économiques. Les systèmes réglementaires, politiques et techniques qui structuraient l’aménagement apparaissent insuffisants pour répondre aux urgences contemporaines : risques naturels, santé publique, qualité de l’air, mobilité et adaptation des territoires. Il s’agit désormais de repenser globalement les modes de développement et d’habitation.

L’urbanisme ne peut plus se concevoir de manière sectorisée. L’approche cloisonnée des disciplines – environnement, économie, mobilité, santé – a montré ses limites. Les enjeux étant interdépendants, les réponses doivent être transversales et fondées sur la coopération et l’interdisciplinarité. C’est dans ces espaces d’intersection que surgissent les innovations : l’articulation des savoirs et la redéfinition des questions permettent d’inventer de nouvelles solutions.

Un outil à la mesure de la région 

L’Agence d’Urbanisme Azuréenne (AUA) s’inscrit pleinement dans cette logique. À travers ses ateliers et ses démarches de réflexion collective, elle favorise la rencontre entre disciplines et la co-construction des politiques territoriales. La thématique de « l’habitabilité des territoires azuréens » illustre cette vision intégrée. Il ne s’agit plus seulement d’habiter, mais de concevoir l’habitabilité comme une synthèse des dimensions sociales, environnementales, sanitaires et culturelles.

L’agence réunit ainsi des experts venus d’horizons variés – médecins, géographes, chercheurs, architectes, spécialistes du littoral ou de la science-fiction – pour confronter leurs approches. Ces croisements interdisciplinaires nourrissent la réflexion sur les formes urbaines, la santé, la nature et les usages sociaux. En parallèle, l’agence promeut une pratique renouvelée de la concertation, fondée sur la co-construction véritable plutôt que sur la simple consultation.

L’exemple de Vence est parlant : confrontée à de fortes tensions autour de l’aménagement de son territoire, la commune a élaboré avec l’appui de l’agence une charte de la qualité du cadre de vie. La population, invitée à participer à des ateliers ouverts, y a défini collectivement les orientations à suivre. Validée par le groupe de travail puis par le Conseil municipal, cette charte traduit un exercice concret de démocratie locale accompagnée par l’expertise technique de l’agence.

Ce mode de médiation constitue une alternative efficace au populisme et renforce la légitimité démocratique. La participation citoyenne n’a de sens que si elle s’appuie sur des connaissances solides et un accompagnement méthodologique. L’agence assume ce rôle de tiers de confiance, capable d’apporter une expertise neutre et partagée dans les processus de décision publique.

Partenariat, concertation et innovation

La gouvernance interne de l’agence reflète également cette logique partenariale. Ses membres – État, Région, Métropole, Ville de Nice, Université, Chambre de commerce… – définissent collectivement le programme de travail, garantissant une ouverture institutionnelle et une légitimité large. Cette composition permet d’aborder les sujets d’aménagement avec souplesse, en évitant les approches frontales et en favorisant les pas de côté méthodologiques.

Cette capacité d’innovation se manifeste notamment dans la gestion intégrée des ressources, comme l’eau par exemple. La structuration physique de la Métropole Nice Côte d’Azur repose sur un double fondement : historique et géographique. Le territoire s’est construit selon une logique ”valléenne” nord-sud, issue à la fois de son relief et de son Histoire humaine. Les vallées, les villages perchés et le littoral composent un ensemble cohérent, où la ressource en eau structure les relations entre montagne et côte.

La singularité du territoire azuréen

Le président de l’Agence, Christian Estrosi, a souvent rappelé cette cohérence territoriale. L’organisation métropolitaine s’appuie sur une géographie qui conditionne à la fois les flux naturels et les dynamiques humaines. Le fonctionnement historique des échanges – entre arrière-pays producteur et littoral consommateur – demeure visible, du train des Pignes à la route du Sel. Les grandes places niçoises comme Garibaldi ou la Libération symbolisent encore ces liens économiques et culturels entre la montagne nourricière et la ville portuaire.

Ces contraintes géographiques, loin d’être un handicap, ont toujours généré de l’innovation. Comme l’a souligné l’architecte Marc Barani, lors de la journée célébrant les 3 ans de l’AUA, la topographie accidentée du territoire a stimulé la créativité technique, notamment à travers les ouvrages d’art du XIXe siècle. La nature méditerranéenne, rude et exigeante, forge un rapport singulier entre l’homme et son environnement. Plutôt qu’un simple décor, elle devient une force structurante qui inspire la conception urbaine et architecturale.

L’histoire et la géographie confèrent ainsi à la métropole niçoise une identité particulière, faite de cohésion et d’adaptation. Le développement économique, les infrastructures et la culture urbaine s’enracinent dans ce rapport entre contrainte et inventivité. La création de la métropole répond à cette logique : dépasser les limites administratives pour construire un ensemble cohérent fondé sur les réalités physiques, sociales et historiques du territoire.

Bien-vivre et urbanisme sanitaire

Au cœur de cette dynamique, un urbanisme favorable à la santé et la recherche du bien-vivre s’impose. Ce bien-vivre ne se réduit pas à un confort matériel, mais désigne la capacité des générations présentes et futures à coexister durablement sur un même territoire. Il implique le logement, l’emploi, la santé, la mobilité, la préservation des ressources et la cohésion sociale.

La singularité du territoire azuréen en fait un véritable laboratoire. L’articulation des échelles, du local au transfrontalier, crée un terrain d’expérimentation où se croisent diversité géographique, densité urbaine, pression foncière et innovation institutionnelle. Le périmètre allant des Alpes-Maritimes à Gênes constitue ainsi un cas d’école européen pour penser la durabilité des territoires méditerranéens.

Une école d’architecture bientôt ?

Cette spécificité justifie la nécessité d’une école d’architecture propre à la région, capable de tirer parti de cette complexité territoriale pour former des professionnels de la planification, de la conception et de la gestion urbaine adaptés à ces enjeux. Le territoire azuréen, par la richesse de son histoire, la diversité de ses paysages et l’intensité de ses mutations, offre un cadre unique pour repenser les modèles d’aménagement et inventer les formes d’habiter de demain.


L’AUA : qu’est-ce que c’est ?

Lieu de dialogue, de partage et d’expertise, l’Agence d’Urbanisme Azuréenne accompagne la mise en œuvre des politiques publiques : acteurs publics et privés de l’aménagement, du développement et de la préservation des territoires azuréens. Véritable outil partenarial d’intérêt public, elle favorise la mise en œuvre de politiques publiques concertées au service du bien commun. Son ambition : créer les conditions d’un développement harmonieux et durable grâce à un travail collectif et à la recherche de consensus.

Un outil d’ingénierie publique défini par la loi

La création de l’AUA découle d’une sollicitation de la métropole Nice Côte d’Azur et d’une mission d’expertise menée par l’État, qui a conduit à son agrément officiel. Conçue avec les acteurs du territoire, l’agence s’attache à promouvoir un urbanisme de qualité, respectueux des spécificités géographiques, sociales, paysagères et économiques de la Côte d’Azur. Ses missions s’inscrivent dans le cadre de l’article L.132-6 du Code de l’urbanisme, qui définit le rôle des agences d’urbanisme comme structures de concertation, d’observation et de prospective territoriale. L’AUA agit ainsi dans une logique de co-construction, apportant des réponses partagées et adaptées aux besoins locaux.

Instances et membres

L’AUA est une association rassemblant les principaux acteurs de l’aménagement du territoire : les membres de droit (État, Métropole Nice Côte d’Azur, Ville de Nice, CCI Nice Côte d’Azur, Université Côte d’Azur) et un membre associé (Région Sud).

Son fonctionnement repose sur une Assemblée générale, un Conseil d’administration et un Bureau, garants d’une gouvernance collégiale. Le Conseil d’administration définit les grandes orientations, gère la vie de l’agence et valide l’adhésion de nouveaux partenaires. La première AG, tenue le 7 octobre 2022, a approuvé les statuts et le programme partenarial d’action 2023-2025.

Partenaires et réseaux

Membre de la Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme (FNAU), qui regroupe 52 agences françaises, l’AUA bénéficie d’un vaste réseau d’échanges et de ressources. La FNAU organise chaque année une rencontre nationale autour des grands enjeux de l’urbanisme et de l’aménagement.

Au niveau régional, l’AUA appartient au Réseau des Agences du Sud aux côtés des agences d’Aix-en-Provence (AUPA), Avignon (AURAV), Marseille (AGAM) et Toulon (AUDAT). Ensemble, elles constituent une ingénierie mutualisée au service des territoires de la Région Sud, travaillant sur des thématiques clés : mobilité, adaptation climatique, planification régionale ou consommation d’espace.

Une équipe pluridisciplinaire

Dirigée par Alain Philip, l’AUA réunit des compétences complémentaires : statisticiens, géomaticiens, architectes, urbanistes et paysagistes conjuguent leurs expertises pour proposer une approche créative et collective de l’aménagement du territoire azuréen.

Rens: agenceurbanismeazureenne.org

photo Une : visuel d’illustration AUA © Agence d’Urbanisme Azuréenne

Tags: