La recherche en danger

La recherche en danger

Un des signes de l’autoritarisme d’un régime est bien la suppression de la liberté de recherche, ou liberté académique. C’est un peu ce qui se passe en ce moment aux États-Unis, mais c’est aussi le fait d’autres régimes installés dans l’autoritarisme depuis longtemps. Cette suppression de liberté s’accompagne très souvent de mesures d’exclusion, de restrictions de la liberté de la presse et, finalement, de la diminution des libertés publiques fondamentales. Les chercheurs de notre pays commencent à subir des pressions. N’attendons pas la suppression des libertés académiques pour réagir !

Une enquête lancée début 2024 à l’initiative de représentants des universités françaises révèle une dégradation inquiétante des libertés académiques. Le rapport Défendre et promouvoir la liberté académique, que franceinfo et Le Monde ont décrypté le 15 octobre 2025, met en lumière des pressions croissantes exercées sur les chercheurs, provenant à la fois d’acteurs privés et de régimes étrangers.

Selon Stéphanie Balme, autrice du rapport et directrice du Centre de recherche international (CERI) à Sciences Po, ces pressions prennent souvent la forme de procédures-bâillons, initiées par des entreprises ou des groupes privés pour contester ou bloquer la publication de travaux jugés dérangeants. Ces attaques visent surtout des domaines sensibles comme le climat, l’agroalimentaire, la santé ou les vaccins.

Les réseaux sociaux accentuent ces dérives en déformant les propos d’universitaires, provoquant parfois des campagnes de harcèlement qui découragent la recherche sur des sujets controversés. À ces menaces s’ajoutent des pressions financières, avec des retraits de financements ou de bourses décidés par des acteurs privés ou des collectivités, au motif que certaines recherches seraient trop sensibles ou polémiques.

Le rapport dénonce aussi des ingérences étrangères. Jean-François Huchet, président de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) et vice-président de France Universités, décrit des interventions directes de régimes autoritaires auprès d’associations étudiantes ou de chercheurs, visant à influencer les travaux ou à empêcher certaines enquêtes de terrain. Ces atteintes touchent désormais aussi les démocraties. Stéphanie Balme évoque un « maccarthysme contemporain« , estimant que la France traverse une période de transition où les libertés académiques pourraient vaciller si rien n’est fait.

Jean-François Huchet rappelle qu’il faut distinguer la situation en Chine ou en Iran, où les ingérences sont systémiques, de celle de l’Europe, encore relativement préservée, hormis la Hongrie. Mais il prévient qu’un changement politique rapide peut inverser la tendance, comme on l’a vu aux États-Unis. La nomination des dirigeants des organismes de recherche ou la dépendance aux financements publics peuvent devenir des leviers de contrôle puissants dans un contexte politique hostile.

Pour éviter une telle dérive, Stéphanie Balme propose 65 recommandations pour renforcer la protection juridique des chercheurs, garantir le secret des sources, sécuriser les données de recherche et lancer une grande campagne de sensibilisation du public sur le rôle des universités.

Comme le souligne Jean-François Huchet : « Quand on attaque les universités, c’est la démocratie qu’on attaque« . Ces conclusions appellent à une réaction rapide pour préserver la liberté académique en France avant qu’elle ne soit durablement compromise.