05 Nov Le sourire malgré tout
On connaît l’excellent travail de la Cie de l’Écho, qui s’est illustrée dans ce que l’on nomme le théâtre citoyen, en abordant des sujets tels que le harcèlement ou l’homophobie. Leur nouvelle création, Jusqu’à ce que la mort nous sépare, qui pourrait de prime abord passer pour du théâtre de boulevard, va bien au-delà. Et c’est l’humour qui en est le moteur.
Ce texte de Rémi De Vos manie l’humour noir à travers des situations fortes en tension émotionnelle et dramatique. Le rire y devient un révélateur, permettant de mieux comprendre cette histoire universelle, dominée par l’un de ses thèmes de prédilection : la mère abusive.
La pièce raconte l’histoire de Simon (Thomas Cuevas), un fils qui revient, après de longues années d’absence, dans la maison familiale pour les funérailles de sa grand-mère. Il y retrouve sa mère, Madeleine (Peggy Mahieu), avec qui il est brouillé depuis presque 10 ans, et son amour de jeunesse, Anne (Pauline Lasquellec), qu’il n’a jamais vraiment oubliée. Lors d’un échange à la fois émotionnel et charnel, un geste maladroit renverse l’urne contenant les cendres de la défunte… La pièce bascule alors dans un engrenage insensé, où les mensonges s’enchaînent jusqu’au vaudeville le plus délirant.
Cette création de la Cie de l’Écho a vu le jour lors d’une résidence au Théâtre Denis à Hyères, où elle sera présentée en novembre. Utiliser les codes du boulevard pour traiter de sujets aussi graves et intimes témoigne d’une véritable maturité militante. Car, par l’humour, la pièce aborde sans pathos l’isolement des personnes âgées, leur peur de la mort et de la solitude, ainsi que les difficultés vécues par leurs enfants face à cette situation. Elle évoque aussi la perte de repères des parents vieillissants, naguère piliers de la famille, aujourd’hui quasiment « hors-jeu ». Cette mère au caractère difficile en est l’incarnation, dans une relation avec son fils aussi tendre que toxique. Le rôle d’Anne, quant à lui, souffle un vent de fraîcheur : elle tente, tant bien que mal, de délier ce nœud affectif, ce « double lien », tout en portant sa propre histoire – celle d’une jeune femme élevée par un père autoritaire, qui lui avait interdit toute intimité avec Simon.
De tels thèmes auraient pu donner une pièce « à la Bergman ». Mais pas du tout. Ici, le rire vient à notre secours et évite tout ton moralisateur. Il permet de partager, avec légèreté et sincérité, ces troubles universels qui nous concernent tous. Le metteur en scène Xavier Heredia, en s’emparant du texte de Rémi De Vos, choisit la nuance – un parti pris presque radical à l’heure où tout se réduit souvent au clash et au clivage. Il confie avoir « flashé » sur ce texte sans savoir pourquoi. En le montant, il a compris qu’il y retrouvait une part de lui-même : ses parents séparés, leur vieillesse, et cette réflexion sur le temps qui passe, inévitable. Il en fait une sorte de thérapie partagée, un moment d’humanité et de lucidité, sans jamais perdre le sourire.
6 au 8 nov, Théâtre Denis, Hyères. Rens: compagniedelecho.fr
photo: Jusqu’à ce que la mort nous sépare © Cie de l’Echo