Thierry Cohen, capteur de rêve

Thierry Cohen, capteur de rêve

À La Garde, la Maison Départementale de la Nature du Plan, créée par le Département du Var, offre une exposition de Thierry Cohen, photographe et artiste visuel incontournable dans ce monde où la nature disparaît. A découvrir jusqu’au 29 mars 2026.

Étonnant(s) voyage(s) que nous propose l’Espace nature départemental du plan avec ses 135 hectares d’espace naturel situé sur deux communes : La Garde (principalement) et Le Pradet. Le premier, c’est au visiteur de le faire avant d’accéder à la maison de l’exposition :  déambuler dans l’Espace nature du plan, y découvrir les harmonies et les contrastes naturels que nous avons souvent oubliés dans nos sociétés saturées de technologies et de pollutions visuelles et sonores, c’est déjà entrouvrir la porte de ce que Thierry Cohen va nous proposer…

Nous ne ferons pas ici sa biographie, disponible en partie sur le livret de l’exposition et bien entendu sur internet. Mais il faut en souligner deux aspects. Le premier est son engagement pour la planète et contre toutes les formes de pollutions. Celles qui, à terme, nous conduisent au pire, mais aussi celles qui, depuis déjà plus d’un siècle, nous privent de la vision de nombre de perspectives sur la beauté du monde – la nuit en particulier. Nous aurions envie de dire, en quelque sorte, que le combat entre les technologies et la beauté naturelle s’amplifie sans cesse. Le second est bizarrement son parcours de photographe qui l’a justement conduit, grâce aux technologies numériques, à devenir un artiste visuel d’exception : dans son cas, les nouvelles technologies œuvrent à nous faire (re)percevoir la beauté que nous ne voyions plus… 

Alerte écologique et poésie visuelle

Le visiteur entre ensuite dans La Maison Départementale du Plan pour entamer ses trois autres « voyages ». Tout d’abord l’exposition murale de grandes œuvres de Thierry Cohen sur le thème/titre Carbon Catchers, qui croise deux visions/interpellations. Interpellations à propos des forêts absorbant depuis toujours ces tristement fameux dioxydes de carbone et méthane responsables, en grande partie à cause de nous, de la modification du climat par l’effet de serre qu’ils provoquent : les forêts sont nos « attrape carbone » (Carbon Catchers) et nous les dévastons par millions d’hectares chaque année. Visions de l’artiste qui se métamorphose en « capteur de rêves » (Dreamcatcher) à la façon d’anciennes cultures d’Amérique du Nord dont les médecines chamaniques atténuaient les cauchemars au lever du jour pour ne garder que les bonnes images de la nuit. Ici Thierry Cohen nous offre des « bonnes images » de forêts nocturnes avec leur ciel étoilé, à l’état pur, dans des œuvres hybrides où il combine numériquement ses propres photographies de forêts de la planète et de ciels étoilés hors de toute pollution lumineuse. Le visiteur est alors plongé dans une forme de contemplation d’un monde qu’il n’a jamais vu et ne verra peut-être jamais. 

S’ensuit le troisième « voyage » dans l’île d’Iriomote, la plus grande et la plus sauvage des îles de l’archipel Yaeyama au Japon. Six œuvres photographiques étonnantes où cette fois il n’est plus question de ciel étoilé, mais de la complexité et de la densité de la végétation.

Une planète sans lumière ?

Enfin, l’ultime « voyage » est une vidéo projetée dans une salle dédiée. Les magnifiques photomontages de Thierry Cohen apparaissent successivement à l’écran, avec ses propres commentaires, lui-même n’apparaissant que par moments pour nous parler « les yeux dans les yeux ». On peut à la fois être captivé pas ses propos et admirer ses Villes éteintes, où, toujours grâce aux nouvelles technologies, il nous offre d’étonnantes perspectives sur nombre de cités – ce travail lui a d’ailleurs valu sa reconnaissance internationale depuis 2010. On est alors impressionné par ces lieux que nous connaissons, mais où il a fait disparaitre la lumière et la présence humaine: le bâti est gris, vide, et au-dessus de ce qui est devenu des « décors urbains nocturnes », les étoiles, la Voie lactée, la galaxie illuminent le ciel et nous emmènent dans de superbes volutes légèrement colorées. C’est ainsi qu’on peut admirer, entre autres, Paris, éteint et gris, sous le ciel étoilé des plaines du Montana : le ciel que nous y aurions vu la nuit avant que l’éclairage n’apparaisse dans notre capitale.  

Mais n’oublions pas finalement le cinquième « voyage », auditif celui-là, qui accompagne notre visite : les « images sonores » créées par ses complices écossais Bethan et Robert Kellough.

Jusqu’au 29 mars 2026, Maison Départementale de la Nature du Plan, La Garde. Rens: var.fr

photo : vue de l’exposition Thierry Cohen, Maison Départementale de la Nature du Plan © N. Lacroix CD83