09 Déc Adieu Hélène
Hélène Jourdan-Gassin, figure majeure de la scène artistique niçoise, nous a quittés. Cette Niçoise aux nombreuses vies fut artisane, créatrice de sacs, galeriste, découvreuse de talents, agente d’artistes, créatrice de la foire d’art contemporain Art Jonction international, journaliste, décorée à 79 ans des insignes de chevalier dans l’Ordre national des Arts et des Lettres. Elle fut surtout une femme libre, passionnée d’art, soutenant les artistes et révélant nombre de talents émergents. Elle ne mâchait jamais ses mots et possédait un « solide » caractère, mais c’est surtout son cœur, sa générosité, sa fantaisie, sa culture et surtout son charme que nous regretterons.
Issue de la « bourgeoisie niçoise », petite-fille de Louis Gassin, elle revendique l’esprit non conventionnel transmis par sa mère, à laquelle elle a rendu hommage avec son livre Tu rentres quand ?. Adolescente, elle est renvoyée du lycée pour avoir allumé, avec son amie Franceline, un feu avec les cahiers de présence. Son père souhaite alors qu’elle devienne « une « femme au foyer ». Elle passe par le cours Carbuccia, se marie, a deux enfants, puis divorce dans les années 70. L’art revient alors au centre de sa vie : père collectionneur, son frère Pierre formé avec Arman rue Tonduti-de-l’Escarène, rencontres avec Ben et ses Pour ou contre dans le jardin de Saint-Pancrace. Le couple Vautier deviendra une deuxième famille. Elle adopte le prénom Lola, hérité de sa grand-mère uruguayenne Dolores. Elle crée des sacs en cuir et ouvre une boutique-atelier rue de la Terrasse (actuelle rue Raoul-Bosio). Très vite, les objets d’artisans et le prêt-à-porter de créateurs mènent à l’art : en 1983, elle expose Jean-Jacques Condom et Jacqueline Gainon. Sa boutique devient galerie, puis son propre appartement accueille 12 créateurs autour de Ben et la 1e exposition locale de Jaume Plensa. Suivront Guy Roussille, Martin Caminiti, Henri Fabrégat, Claude Goiran, Marcel Bataillard, Axel Pahlavi, Florence Obrecht, Gérald Panighi, Gilles Miquelis, Patrick Moya, Charles Dreyfus, Axel Pahlavi… En 1986, elle fonde la foire d’art contemporain Art Jonction international, organisée entre Nice et Cannes pendant 15 ans, qu’elle préside durant 13 ans. Le manque de financements entraîne l’arrêt de l’événement, et elle doit vendre une partie de son patrimoine sans regret, car Hélène a toujours assumé ses actes.
De 2000 à 2010, elle vit à New York auprès d’un compagnon marchand d’art, découvrant un univers « fascinant et effrayant« . Revenue à Nice, « sa ville, mon cocon« , elle écrit un polar « autour de l’art » et partage ses analyses sur chezlolagassin.com. Elle a continué les expositions dans son appartement jusqu’à la fin, elle a écrit un deuxième livre qui rendait hommage à sa mère et tenait un blog sur l’art (chezlolagassin.com). Nice se sent orpheline, car les militants de la culture comme Hélène sont rares, surtout en cette période où la bêtise, la violence et la cupidité semblent vouloir tomber sur Nice comme sur tout le pays, nous rappelant des jours sombres. Hélène était un repère, une ligne rouge, une barrière à ces idées brunâtres. Gageons, s’il y a un « après », qu’elle rejoigne Annie et Ben pour qu’ils continuent dans l’Olympe à foutre le boxon dans la bonne humeur. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
photo: Hélène Jourdan-Gassin sur le stand de La Strada, lors du Festival du livre de Mouans-Sartoux 2024 © Evelyne Pampini