11 Déc Ascension vers la chute
Jonathan Gensburger, dans son rôle de comédien comme de metteur en scène, creuse le sillon de la contestation. La satire sociale est aujourd’hui son terrain de jeu favori, comme l’atteste la pièce Building, programmée au Théâtre de la Semeuse à Nice, puis au Théâtre Antibéa à Antibes.
Et il faut dire que son regard tombe juste : notre actualité, saturée de fake news, de violence, de cupidité minoritaire et de misère majoritaire, appelle ce type de déconstruction. Il met ici en scène un texte de Léonore Confino, autrice qui livre ici, avec humour, une version « bureautique » de notre époque. Manière de rappeler que, si les machines ont changé, la déshumanisation et l’exploitation demeurent des fléaux bien présents dans le monde du travail.
Building dénonce cette évolution du travail moderne, où une aliénation croissante réduit les relations humaines au seul intérêt de l’entreprise. Ici, les machines sont remplacées par les ascenseurs, dont le va-et-vient incessant symbolise une ascension qui mène à la chute. La scénographie place le spectateur au cœur de l’espace scénique, comme au centre d’un immense open space, où il est invité à se déplacer au fil des étages de ce building. La petite musique qui rythme le passage d’une scène à l’autre rappelle la routine robotisant les gestes et déplacements de chacun. Dans une chorégraphie parfaitement réglée, chacun prend son ascenseur, passe d’un bureau à l’autre, renforçant l’idée que tout le monde est interchangeable. Et les costumes – uniformes pour tous – accentuent encore cette impression.
Jonathan Gensburger bouscule le théâtre pour réveiller nos consciences, pour mettre sous nos yeux ce que nous préférerions ne pas voir, pour lever le voile sur des mécanismes sociaux bien installés. On rit, mais souvent « jaune », tant la proximité entre notre monde contemporain et l’univers de Groland saute aux yeux, et tant le décalage entre structure et réalité s’efface au profit d’un monde régi par des procédures et des stratégies toujours plus absurdes et inhumaines.
30 & 31 jan, Théâtre de la Semeuse, Nice. Rens : lasemeuse.asso.fr
8 au 16 mai, Théâtre Antibéa, Antibes. Rens : theatre-antibea.fr
photo : illustration de l’affiche du spectacle Building © DR