L’indifférence à nos frontières

L’indifférence à nos frontières

Michèle Deville est une artiste rare. Loin des mesquineries du petit « milieu de l’art », elle travaille discrètement pour offrir des œuvres qui questionnent, interpellent et font battre le cœur, tant la période est sombre. Elle présente un livre conçu autour de gravures sur le thème des migrants, accompagné de textes de son compagnon, Robert Charvin. Elle n’a pas de site, juste la page Facebook Michèle Deville atelier, où l’on peut y découvrir son travail. La peinture jusque-là, et depuis quelque temps : la gravure. Photographe et militante, elle a longtemps collaboré à des publications très progressistes. Elle a cependant laissé tomber le militantisme encarté pour garder sa propre ligne : féministe, antiraciste, antifasciste. Elle est sans concession. Car la « culture du compromis » que l’on nous propose ressemble plus à de la compromission, à une forme de « collaboration », qu’à une véritable démarche démocratique.

Rien d’étonnant à ce que son compagnon, Robert Charvin – qui nous livrait justement un texte sur le compromis dans notre n° 383 de novembre – participe à cet ouvrage : un livre d’art où les gravures rappellent le drame de la migration qui transforme peu à peu notre Méditerranée en cimetière, tandis que les textes soulignent plus encore l’indifférence à nos frontières.

Michèle Deville ne veut pas convaincre, ne veut pas vendre, ne veut pas exister grâce au drame organisé par des nations qui se disent « civilisées ». Elle ne fait qu’un triste constat poétique de ce qu’est devenue notre réalité contemporaine : L’indifférence à nos frontières. Allez donc voir, et peut-être vous procurerez-vous cet ouvrage, exceptionnel de sincérité, d’empathie et de révolte.

L’indifférence à nos frontières, gravures de Michèle Deville, textes de Robert Charvin. Rens : FB Michèle Deville atelier

Illustration : Ils n’étaient pas grand-chose.
Ils venaient du désert ou de la forêt,
Ils voulaient survivre en jouant à quitte ou double par-delà la tempête
Le Rivage est trop loin : sur le sable, seulement un sac à dos et une chaussure,
Souvenirs d’un naufrage
Gravure © Michèle Deville – Texte © Robert Charvin dans L’indifférence à nos frontières