25 Fév Isabelle Auzias : une femme à la tribune !
Isabelle Auzias est l’une des rares patronnes de rédaction dans notre région, et même en France. Elle dirige celle de Tribune Côte d’Azur et sa version web tribuca.net, média économique de la Côte d’Azur. Elle est un symbole de ces « self-made women ». Pour elle, la presse n’était pas le projet de départ, car son dada, c’était alors les chevaux.
Le monde équestre
Le cheval fut en effet un moyen de corriger des problèmes de dos lorsqu’elle était très jeune. Isabelle Auzias a commencé l’équitation à l’âge de 5 ans, et évoluera dans ce monde équestre jusqu’à environ l’âge de 18 ans, car, elle est, selon ses propres mots, « une jusqu’au-boutiste« … À cette époque, elle pratique le saut, le dressage… Elle ne savait pas encore ce qu’elle allait faire précisément dans ce milieu. Elle assurait aussi une kyrielle de petits boulots où le cheval était moteur : défilés de carnaval, casting, soins, etc. Elle ignorait encore si elle voulait faire des concours, ou enseigner. Mais ses parents n’ont jamais vraiment cru à cette dernière solution. Aujourd’hui, elle leur donne raison. Quant à la carrière équestre, elle restait, d’après eux, très dangereuse. Ils ne la lui ont pas interdite pas, mais lui ont demandé de trouver un « plan B », une porte de sortie, un autre « possible ». Et quand elle y pense à l’époque, elle réalise que son atout réside dans l’écriture. Pourquoi pas journaliste ? Elle a alors une vingtaine d’années.
Elle quittera définitivement le cheval et se donnera au journalisme tout aussi entièrement qu’elle l’a fait pour l’équitation. Il faut dire que le cheval déterminera aussi son positionnement social, car c’est un monde ouvert aux hommes comme aux femmes, l’un des rares sports où les compétitions sont mixtes. C’est un peu pour cette raison, d’après elle, qu’elle n’a pas rencontré ou ressenti de problème d’intégration en tant que femme dans le monde du travail.
La formation
Isabelle Auzias intègre une école de journalisme. Elle s’intéresse à d’autres univers que le cheval et le sport, car le journalisme sportif l’aurait vite lassée, semble-t-il. Elle suit une première formation à Nouvelles, école créée en 1990 à Nice par le journaliste Michel Goujon et sa compagne Marie Boselli, avant de poursuivre au CFPJ. Avec Michel Goujon, elle reconnaît avoir appris à trouver les bons sujets, à leur donner un « angle » ; chose qui, d’après elle, est plus en plus rare, jusqu’à se demander si on l’enseigne encore aujourd’hui…
La vie professionnelle
Après le CFPJ, elle entre à L’Étendard, un petit journal qui n’appartenait à aucun groupe et qui était plutôt « marqué ». Elle y fait une première rencontre qui lui a beaucoup appris, avec Jean-Marie Tarragoni, son directeur. Il y avait peu de personnel, il fallait donc se débrouiller et abattre un travail assez conséquent. Puis le journal s’arrête. Elle entre à la mairie de Nice, où elle œuvre au magazine municipal. Sa volonté de prendre ses distances avec la politique la cantonne aux rubriques sport et culture. Elle est par la suite engagée à Nice-Matin. Pour Isabelle, elle devait son contrat à la volonté du journal de rajeunir son équipe : « Je me suis retrouvée au service magazine, là aussi, encore beaucoup de culture, et j’ai fini par me faire virer au bout de deux ans pour faute professionnelle pendant mes vacances… » Doit-on y voir une ironie dans cette phrase ? Elle choisit de reprendre son indépendance et travaille pour plusieurs petits journaux entre Sophia Antipolis et Nice, dont Tribune Côte d’Azur, où elle pige régulièrement. Pour elle qui n’avait fait que des chroniques sport et culture, arriver dans un journal économique fut un « choc thermique ». Elle n’était pas du tout dans son domaine et ne savait pas si cela l’intéressait vraiment. Mais elle découvre tout un monde. Fait de belles rencontres. Apprend en réalisant des portraits de chefs d’entreprise.
La rédaction en chef
La rencontre avec Philippe Léon, patron de Tribune Côte d’Azur, a également été décisive. Toute la vie d’Isabelle est ainsi jalonnée de rencontres ; c’est ce qu’elle aime le plus : se confronter à des vécus, à des expériences… C’est aussi cela écrire, pour elle : connaître et faire connaître, partager… Avec cette fraîcheur qui vous embarque et fait de ses papiers de petites perles.
Philippe Léon la contraint à signer un CDI, alors qu’Isabelle avait pris soin de préserver son indépendance. Il était très différent d’elle, mais comme il le lui avait dit : « Il n’y a que les cons qui ne s’entendent pas« . Ce qui fut le cas, car dans un journal de cette taille, on peut échanger avec le patron, on peut discuter. Il le lui a d’ailleurs prouvé, ce qui l’a convaincue. Elle passe ainsi rapidement de pigiste à rédactrice, puis à rédactrice en chef. Elle a beaucoup appris auprès de lui, dans un lien de confiance mutuelle. Ensemble, ils ont fait progresser le journal. Lui avait une vision très « corporate », très « professionnelle ». Sa cible était surtout centrée sur les avocats, les notaires, etc., le « cœur de métier » du journal étant les annonces légales. En discutant, ils ont quelque peu laissé cette vision de côté pour axer davantage la ligne rédactionnelle sur l’économie, sur les chefs d’entreprise. C’est finalement assez logique : ils sont plus nombreux que les professionnels du juridique, qui restent tout de même des acteurs économiques. Et cela a plu. Depuis, elle œuvre au bon fonctionnement du journal, d’autant plus après le décès de Philippe Léon… Telle un pilier.
Isabelle est un bourreau de travail. Elle continue à faire évoluer Tribune Côte d’Azur, prend toujours autant de plaisir aux rencontres et à la découverte. Le peu de temps libre qui lui reste, elle aime le consacrer à ses amis, et apprécie toujours autant la « Planète Rock »… Atypique dans le paysage médiatique local, elle reste cette pionnière, libre penseuse, à la recherche de l’humain, avec cette envie de partage qu’elle satisfait grâce à son talent d’écriture.
Tribune Côte d’Azur est disponible chaque vendredi en kiosque, et sur le net : tribuca.net.
(1) En 1995, l’école Nouvellesa été reconnue par l’État pour former des bacheliers à la pratique du métier. Une pratique du terrain, favorisant le multisupports. Aujourd’hui, devenue EDJ, elle figure à la 20e place du classement des meilleures écoles françaises réalisé par Le Figaro Étudiant. Elle prétend avoir formé plus de 2 000 élèves, à qui elle propose en moyenne 300 stages par an. Avec l’IUT de Cannes, ce sont les seules formations en journalisme des Alpes-Maritimes.
(2) Le CFPJ, Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes, est un organisme de formation national spécialisé dans le journalisme et la communication.