25 Fév La modernité à l’épreuve de la gravure
Sous le titre Braque, Calder, Chagall, Giacometti, Miró… Les ateliers de la modernité, la nouvelle exposition proposée par le Musée d’Art de Toulon (MAT) invite, jusqu’au 3 mai, à un parcours étonnant à travers la production d’œuvres gravées de grands noms de l’art du XXe siècle. Mais pas que…
Plus de 70 œuvres gravées sont ainsi présentées par le MAT, et pas seulement celles des artistes figurant dans le titre – d’où les points de suspension. On y découvre également des œuvres de Paul Rebeyrolle, Antoni Tàpies, Marius Valère Bernard, Raoul Ubac, Marco Del Re, etc. Et, pour faire le lien entre les extraordinaires sculptures et les gravures d’Alberto Giacometti, sa Femme au haut chignon, statue en bronze de 1948, est présentée dans la même salle que certaines de ses œuvres gravées, dont la lithographie de 1964, Buste d’homme.
Cette exposition du MAT est le fruit d’un partenariat avec la Fondation Maeght, qui a fourni la quasi-totalité des œuvres exposées. Il faut dire que l’histoire de la Fondation Marguerite et Aimé Maeght est étroitement liée au concept de « modernité ». Modernité puisque les artistes exposés s’inscrivent pleinement dans cette période de l’histoire de l’art. Et modernité dans le parcours d’Aimé Maeght (1906-1981) et de son épouse Marguerite Maeght (1909-1977) qui, de la gravure et de l’imprimerie à Cannes dès 1929, sont devenus à la fois marchands d’art moderne de renommée internationale et mécènes. Ils ont encouragé les artistes exposés à explorer différentes formes de gravure et à illustrer des revues, notamment au sein de leur imprimerie ARTE, créée à Paris en 1964 par leur fils Adrien Maeght. La même année que la création de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, rapidement devenue un lieu incontournable consacré à l’art moderne.
Le parcours nous donne à voir des œuvres gravées donc, et précise la définition et la pratique des différentes techniques : gravure, xylogravure, eau-forte, lithographie, pointe sèche, sérigraphie, etc. La dernière étape de l’exposition – les 5 autres abordant chacun des immenses artistes « à l’affiche » : Marc Chagall, Georges Braque, Joan Miró, Alexander Calder, Alberto Giacometti – nous invite même à Dépasser la gravure à travers de nouvelles techniques et de nouveaux liens avec la société (collage, BD, cinéma…). On y apprend notamment que Pierre Bonnard a encouragé Aimé Maeght, dès 1945, à ouvrir sa première galerie parisienne ; d’où ce portrait de Auguste Renoir par Bonnard (collection privée), eau-forte réalisée à la pointe sèche, qui n’est pas présentée au MAT, mais illustre parfaitement le lien étroit entre la famille Maeght et les artistes de leur temps.
Arrivé à la fin du parcours, il est possible d’accéder au 1er étage du MAT, qui complète le propos, en proposant un ensemble d’œuvres plus anciennes, essentiellement du XIXe siècle, autour du même médium ; la salle du Cabinet d’arts graphiques offre là aussi un très beau parcours. Car si, dans l’art moderne du XXe siècle, la gravure s’est largement émancipée de celle des siècles précédents, au plan esthétique, elle en a conservé les méthodes et les outils.
« La gravure est pour moi un moyen d’expression majeur. Elle a été un moyen de libération, d’élargissement, de découverte« , a un jour déclaré Joan Miró. Quelques mots inscrits sur un mur du rez-de-chaussée du MAT, qui illustrent à merveille le propos de cette grande exposition.
Jusqu’au 3 mai, Musée d’Art de Toulon (MAT). Rens: musees.toulon.fr
photo : vue de l’exposition © Ville de Toulon – Quentin Rigal