06 Mar Marc Monnet : compositeur de l’inattendu
Après avoir dirigé le Printemps des Arts de Monte-Carlo durant 19 ans (2003-2021), Marc Monnet y revient en 2026, avec un concerto pour piano atypique, commande de Bruno Mantovani, qui lui a succédé et dirige aujourd’hui ce célèbre festival monégasque.
Marc Monnet, né le 11 mars 1947 à Paris, est un compositeur français de musique contemporaine dont l’œuvre se distingue par une grande liberté esthétique et un goût marqué pour l’expérimentation. Figure singulière de la création musicale européenne depuis les années 1970, il développe une écriture volontairement inclassable, refusant les écoles et les systèmes stylistiques dominants.
Après des études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, il se perfectionne en Allemagne, notamment à Cologne auprès du compositeur Mauricio Kagel, dont l’influence se manifeste dans son intérêt pour le théâtre musical et la dimension scénique de la musique. Il participe également aux cours internationaux de Darmstadt, centre majeur de l’avant-garde musicale de l’après-guerre. Entre 1976 et 1978, il est pensionnaire de la Villa Médicis à Rome.
L’œuvre de Marc Monnet couvre un large éventail de genres : musique de chambre, pièces solistes, œuvres orchestrales, créations électroacoustiques et formes scéniques hybrides. Son catalogue témoigne d’un constant renouvellement des procédés d’écriture. Chaque œuvre semble inventer ses propres règles formelles et son propre rapport au temps, au silence et au geste musical. Certaines partitions accordent une place importante au théâtre, à l’humour ou à l’absurde, brouillant volontairement les frontières entre concert, performance et spectacle.
Parmi ses œuvres marquantes figurent Fantasia semplice pour violoncelle seul (1980), Les Ténèbres pour quatuor à cordes (1985), Chant fêlé (1996), Bosse, crâne rasé, nez crochu (1998-2000), ou encore Sans mouvement, sans monde pour violoncelle et orchestre. Il compose également des œuvres scéniques et des projets mêlant musique, texte et action théâtrale, comme l’opéra Pan.
Marc Monnet collabore avec de nombreux interprètes et créateurs issus d’autres disciplines, notamment la danse et le théâtre. En 1986, il fonde la compagnie Caput Mortuum, dédiée à l’exploration du théâtre musical.
En 2017, l’Académie Charles Cros, la plus célèbre et sérieuse académie du disque, attribue lors de son 70e anniversaire le prix Musique contemporaine à son disque Œuvres orchestrales, enregistré avec Tedi Papavrami au violon et Marc Coppey au violoncelle. Créée en 1947 par des critiques et spécialistes musicaux, cette distinction reste toujours un événement, notamment pour les professionnels de la musique, et une référence pour le grand public.
De 2003 à 2021, il est directeur artistique du Printemps des Arts de Monte-Carlo, festival qu’il transforme en laboratoire de programmation originale consacré aux répertoires anciens, modernes et contemporains. Par son travail de compositeur et de programmateur, il s’impose comme une personnalité importante de la vie musicale contemporaine.
Un concerto passé au « filtre Monnet »
Le voilà qui nous revient comme compositeur au Printemps des Arts de Monte-Carlo, dirigé à présent par Bruno Mantovani, qui lui a commandé un concerto pour piano. Bien entendu, cette « forme classique » va être passée au « filtre Monnet ». Les novices assisteront à un concert atypique, qui pourrait rappeler une bande originale de film, et fera passer le public par des sensations physiques étonnantes, avec des accélérations qui demanderont au pianiste Jean-Frédéric Neuburger une incroyable virtuosité.
Monnet revisite la forme classique avec une virtuosité moderne. Loin des structures figées du XIXe siècle, il multiplie les changements de tempos internes pour dynamiser l’œuvre. Il s’est d’ailleurs amusé à composer une « cadence », alors qu’à l’époque elle n’était là que pour valoriser le soliste : « J’ai fait une cadence comme ça, qui enchaîne entre deux mouvements et qui, avec le pianiste, va se débattre un petit peu parce que ce n’est pas tout ça : c’est une relation à la fois avec le passé et, évidemment, avec le présent, parce que ça n’a rien de classique. » Pour lui, cette pièce est une proposition qui n’est absolument pas autoritaire et qui permet à l’auditeur d’entrer ou non dans la musique, en fonction de son histoire.
Cet atypisme très « monnétien », on le retrouve dans la promotion que Marc Monnet a faite pour ce concerto sur son profil Facebook : anticonformiste, atypique, poétique, libertaire et pleine d’humour. Lorsqu’il était directeur du Printemps des Arts, il nous avait fait découvrir des lieux atypiques de notre région avec des pièces musicales ou dansées qui ne l’étaient pas moins. Quand on lui dit qu’il tente de casser les codes, il répond avec humour que casser les codes, être anticonformiste, c’est aussi un code. On n’y échappe pas.
Mais rêvons un peu et espérons qu’il puisse nous transporter de nouveau dans des lieux atypiques avec cette création. Le 12 mars à 19h30, à l’Auditorium Rainier III de Monaco, il suffira de fermer les yeux pour être ailleurs, car la musique de Marc Monnet transporte autant qu’elle permet d’être à l’écoute de son propre corps. Qu’il soit intérieur ou extérieur, ce voyage en vaut la peine : Marc Monnet sait tellement bien nous y convier.
Programme de la soirée
Marc Monnet, Concerto pour piano et orchestre
Igor Stravinsky, Quatre études pour orchestre – Trois pièces pour quatuor à cordes
Claude Debussy, Images pour orchestre
Avec :
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Pascal Rophé, direction
Jean-Frédéric Neuburger, piano
12 mars 19h30, Auditorium Rainier III, Monaco. Rens: printempsdesarts.mc