In&Out fait vibrer le cinéma queer

In&Out fait vibrer le cinéma queer

Cinéma international, mémoire militante, création émergente et archives locales : les Rencontres cinématographiques In&Out souffle ses 18 bougies, du 23 avril au 4 mai 2026 à Nice. Ce festival du film queer, qui affirme plus que jamais sa volonté de faire dialoguer cinéma, histoire et luttes contemporaines à travers une programmation foisonnante, politique et joyeusement indisciplinée, transforme Nice en laboratoire du cinéma LGBTQIA+ contemporain et travaille à faire émerger une mémoire queer locale. Vive la liberté !

À Nice – comme à Cannes et à Toulon, villes où le festival se décline également –, In&Out continue de creuser son sillon : celui d’un cinéma queer pluriel, politique et profondément ouvert sur le monde. Pour cette nouvelle édition, la manifestation déploie une programmation dense mêlant longs et courts métrages internationaux, documentaires, expositions et rencontres. Une constellation d’œuvres et d’événements qui racontent, chacun à leur manière, les vies, les luttes et les imaginaires LGBTQIA+.

Cartographier le cinéma queer contemporain

La section Panorama constitue le cœur battant du festival avec 12 longs métrages issus de la production queer internationale. L’occasion de parcourir un vaste territoire cinématographique, de l’Europe à l’Amérique latine, du Moyen-Orient à l’Asie. Le festival s’ouvrira avec Scènes de nuit, signé par les réalisateurs brésiliens Filipe Matzembacher et Marcio Reolon, habitués des récits nocturnes et mélancoliques. Fidèles à leur esthétique sensuelle et flottante, ils explorent ici les dérives affectives et les désirs en clair-obscur dans une ville traversée par l’urgence de vivre. En clôture, La Foule du cinéaste iranien Sahan Kabiri viendra rendre hommage aux communautés queer iraniennes, dans un geste aussi artistique que politique, où l’intime devient acte de résistance face à la répression. Entre ces deux moments, la programmation multiplie les tonalités et les regards. Avec Drunken Noodles, Lucio Castro prolonge son exploration d’une jeunesse queer en errance, entre New York et Buenos Aires, dans un film à la fois charnel et introspectif, où les corps racontent autant que les silences. Chuck Chuck Baby, réalisé par la Britannique Janis Pugh, prend un virage plus frontalement social : dans un décor d’usine de poulets, elle esquisse une romance tardive entre deux femmes, portée par une énergie musicale inattendue qui flirte avec le mélodrame. Du côté allemand, Free at Heart de Max Hegewald interroge la construction identitaire et les injonctions à la norme dans une société contemporaine encore pétrie de contradictions. Quant à Peter Hujar’s Day de l’Américain Ira Sachs, il s’impose comme un objet singulier : une évocation du photographe new-yorkais, figure de la scène artistique queer des années 1970-1980, à travers une journée recomposée, presque suspendue, où art et mémoire se confondent. La sélection accueille également À voix basse de la tunisienne Leyla Bouzid, Beautiful Evening, Beautiful Day de la Croate Ivona Juka, Maspalomas des cinéastes espagnols Aitor Arregi et José Mari Goenaga, Gorgona de la Grecque Evi Kalogiropoulou, Sauna du Danois Mathias Broe et Cactus Pears de l’Indien Rohan Parashuram Kanawade. Autant de films qui composent une cartographie sensible des identités et des désirs contemporains.

Figures queer : une mémoire en mouvement

La section Documentaire se tourne quant à elle vers des trajectoires marquantes du monde queer. Dans Lionel Soukaz, le désir et le manque, le réalisateur Yves-Marie Mahé revient sur l’œuvre et la vie du cinéaste français, figure pionnière du cinéma militant. Hélène Trésor.e Transnationale de Judith Abitbol dresse pour sa part le portrait d’Hélène Hazera, militante et journaliste trans dont l’engagement a marqué plusieurs décennies de luttes. Avec Âme du désert, la réalisatrice colombienne Monica Taboada Tapia suit Georgina, femme trans indigène de la communauté Wayuu. Quant à Vivre et laisser vivre : la voix de Jackie Shane, signé par Michael Mabbott et Lucah Rosenberg-Lee, il redonne vie à la trajectoire singulière de la chanteuse trans Jackie Shane, figure oubliée de la soul des années 1960. Le film a reçu le prix Coup de cœur de la Fédération française des festivals de films LGBTQIA+.

Courts, animation et récits de migration

Les formats courts auront aussi leur moment phare avec la 3e Nuit du Queer-métrage, organisée au 109. Quatre séances consacrées aux meilleurs courts-métrages queer actuels, avec à la clé un palmarès décerné par un jury professionnel. Deux autres focus thématiques viendront également rythmer le festival. La section Queer Animation, programmée autour de la Journée de visibilité lesbienne le 26 avril, explore la présence des identités LGBTQIA+ dans le cinéma d’animation. Au programme : Flee du Danois Jonas Poher Rasmussen, Lesbian Space Princess des Australiennes Emma Hough Hobbs et Leela Varghese – Teddy Award du meilleur film à la Berlinale 2025 –, Bouchra des artistes marocaines Orian Barki et Meriem Bennani, ainsi qu’un programme spécial de courts métrages animés. Quant à la section No Borders, elle aborde les parcours de migration et les réalités des personnes sans papiers à travers les films J’en suis, j’y reste de Marine Place, et Dreamers de la réalisatrice nigériane Joy Gharoro-Akpojotor.

Séances événements

Le festival réserve aussi quelques moments singuliers. À la Cinémathèque de Nice, une soirée spéciale sera consacrée à la restauration du premier film de Catherine Corsini, Les Amoureux, en présence de la cinéaste et de sa productrice Elisabeth Perez. Autre expérience cinéphile hors norme : la projection de la version longue (5h40 !) du film Le Rire et le Couteau du réalisateur portugais Pedro Pinho, proposée en partenariat avec Cinéma Sans Frontière et la Semaine du cinéma lusophone de Nice. Fresque dense et immersive, le film s’inscrit dans la veine du cinéma politique et sensoriel cher au cinéaste, mêlant observation sociale, fiction et dérives quasi documentaires. Déployé sur plusieurs heures comme une traversée, il explore les tensions contemporaines entre Europe et Afrique, les héritages coloniaux et les rapports de domination.

Nice Queer : une histoire à écrire

Les habitués le savent, In&Out ne se limite pas aux salles obscures. Le festival investit également plusieurs lieux culturels de la ville. À l’Espace à Vendre, l’exposition Out of Body réunira les artistes Tom de Pékin, Lazare Lazarus, auteur de l’affiche de cette édition, Yannick Cosso et la photographe Latifa Lekhdar. Au 109, l’exposition Nice Queer : une histoire à écrire s’intéressera à l’histoire des communautés LGBTQIA+ azuréennes à travers archives et événements. Au programme : une projection en plein air du film patrimonial Le Testament d’Orphée de Jean Cocteau, la diffusion du documentaire Le Gay Tapant consacré à Jean Le Bitoux, fondateur du journal Gai Pied, ainsi qu’une conférence sur les archives LGBTQIA+ avec l’association Mémoire des Sexualités, accompagnée du film Les Fantômes du Hard Vol. 2 de Lazare Lazarus.

Un festival participatif

Enfin, In&Out invite le public à passer derrière la caméra avec la 2e édition du concours Short en Queer DIY. Le thème sera dévoilé lors du vernissage de l’exposition le 10 avril, et les films réalisés seront projetés lors de la soirée de clôture le 4 mai. Comme chaque année, les spectateurs pourront également décerner le Prix du public du meilleur long métrage de fiction et du meilleur court métrage. Une programmation des plus denses pour un événement cinématographique devenu incontournable pour toutes celles et ceux qui veulent voir le monde, et ses marges, autrement.

23 avr au 4 mai, lieux divers, Nice. Rens: lesouvreurs.com

photo : Benoit Arnulf, coordinateur de l’association Les Ouvreurs (à droite), et deux invité·es, lors de l’édition 2025 du festial In&Out © Latifa Lekhdar

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