25 Mar La Station : la jeune création a déjà 30 ans !
« Regarder en arrière pour mieux avancer… » En dépit de ce que suggère cette célèbre maxime, La Station a su impulser en trois décennies une nouvelle dynamique à la scène plastique niçoise, parfois un peu trop « repliée » sur le passé, qui, s’il est un fondement nécessaire, ne peut être suffisant. Il fallait bien trouver autre chose pour que l’art reste vivant et libre. Véritable laboratoire poétique, libertaire et plastique, La Station est une chance pour Nice, tant elle a besoin de se régénérer pour perpétuer sa tradition artistique.
Un laboratoire pour la création contemporaine
Depuis 1996, l’association Starter anime La Station, une structure dédiée à la défense des arts plastiques dans leurs formes les plus « contemporaines ». Initialement située dans une ancienne station-service au 26 boulevard Gambetta à Nice, elle s’est adaptée à divers lieux avant de s’installer, en octobre 2009, dans les anciens entrepôts frigorifiques de la ville. Se déployant sur 1000 m², ce site rénové mêle ateliers et espaces d’exposition. Il offre aux artistes des conditions de production professionnelles, tout en agissant comme un « maillon supplémentaire » entre les créateurs, les institutions et le public. Véritable « plate-forme professionnelle », La Station favorise la visibilité des artistes émergents auprès des galeries et des commissaires d’exposition, en France et en Europe.
Via ses propositions hors les murs, elle valorise également le travail collectif de ses membres, consolidant ainsi le panorama culturel azuréen. Entité singulière, elle a écrit tout un pan d’histoire de la scène plastique niçoise, opiniâtre, contre vents et marées, sans rien lâcher. La « Nice Factory » est un état d’esprit, une oasis de créativité et de liberté pas toujours reconnue à sa juste valeur ; le bouillonnement y est permanent… Tout autant qu’il le fut par le passé, du temps de l’École de Nice. À la différence près que l’on y fait l’école buissonnière, en se tournant vers le futur.
30 ans de création à la Citadelle
Si la société actuelle cultive la mythification de la jeunesse fauchée, de Kurt Cobain à l’esthétique du départ précoce, l’exposition célébrant les 30 ans de La Station à La Citadelle – Centre d’art & Musée prend pourtant le contrepied de ce récit avec un titre en forme de slogan : Too Old to Die Young (1). Ce projet met en lumière une « poétique de l’après« .
Loin du spectaculaire, les quatorze artistes invités revendiquent une « culture de la survivance » inspirée de l’absurde chez Albert Camus. Entre humour et cynisme, les œuvres exposées témoignent d’une « marginalité raisonnable » et d’un refus de la précocité mythifiée. La Station demeure ce collectif inventif où la pratique artistique, « joyeusement ambiguë« , navigue entre l’ego et le commun. Une célébration de ce qui dure, de ce qui résiste et de ce qui continue de créer du sens dans un monde déséquilibré.
Alors, pour son 30e anniversaire, cet artist-run space qu’est La Station réunit un panorama d’artistes aux écritures singulières, témoignant de la vitalité de la scène actuelle. Entre cosmogonies miniatures et engagements politiques, cette sélection célèbre trois décennies de recherche plastique, sous le signe de la transmission et de l’audace avec : Tom Barbagli, Arnaud Biais, Marc Chevalier, Camille Franch-Guerra, Jeanne Leclercq, Donia Ouassit, Eleonora Paciullo, David Raffini, Omar Rodriguez Sanmartin, Ian Simms, Clémentine Taupin, Cédric Teisseire, Agathe Wiesner, Anne-Laure Wuillai.
Notez que le vernissage se tiendra le 2 avril à 18h, à l’occasion de l’édition Printemps du festival d’art contemporain organisé par le réseau Botox(s) : Les Visiteurs du soir.
3 avr au 31 Mai, Citadelle de Villefranche-sur-Mer. Rens: lastation.org, lacitadellevsm.fr
(1) Titre d’une chanson de Brother Dege qui figure notamment sur la BO du film Django Unchained
photo : entrée de La Station © DR