22 Avr Répète un Peu, pour voir !
Au cœur du village du Broc, le Festival du Peu signe son retour du 29 mai au 21 juin 2026, fidèle à une ligne aussi singulière que tenace : faire beaucoup avec presque rien. Né à Bonson en 2003, ce rendez-vous d’art contemporain cultive depuis 23 ans une proximité rare, mêlant exigence esthétique et ancrage territorial.
À l’origine : une intuition portée par l’artiste Jean Mas – dont la recherche autour du Peu et de la lettre « P » remonte à 30 ans – et par Jean-Marie Audoli, alors maire de Bonson. Ensemble, ils ont posé les bases d’un projet où l’économie de moyens devient un moteur fertile, un principe presque politique : faire du peu « l’essentiel ». Une idée qui, loin de s’épuiser, trouve aujourd’hui un nouvel écho.
Pour cette édition, le Festival du Peu, en collaboration avec la mairie du Broc, invite les artistes à investir l’espace public – places, rues, lieux partagés – autour d’un thème aussi simple qu’inépuisable : la répétition. Sous le commissariat de Christine Parasote, l’exposition collective déploie ses variations, entre rituel et vertige, cette année avec les artistes Mona Barbagli, Alain Biet, Philippe Bresson, L’Officina, Caty Laurent, Jean Mas, Gilbert Pedinielli, Florent Testa, Alain Vagh et Anne-Laure Wuillai.
Car la répétition est ambivalente. Elle rassure autant qu’elle inquiète. Elle structure nos vies – cycles, saisons, apprentissages – tout en flirtant avec l’obsession, la routine ou l’ennui. Pourtant, répéter n’est jamais reproduire : chaque geste rejoué diffère, chaque motif déplacé ouvre une brèche. Rien ne se répète à l’identique. De la peinture rupestre au pop art, les artistes n’ont cessé d’explorer ce principe. Répéter une forme, décliner un motif, accumuler des objets : autant de stratégies pour affirmer, dénoncer ou transformer. Des toiles de Matisse aux variations de Viallat, jusqu’aux suites infinies d’Opalka, la répétition devient méthode, parfois obsession, souvent libération. C’est dans cet écart, entre reprise et invention, que se joue la relation entre l’artiste et son œuvre. Répéter, ici, c’est affiner, insister, creuser. C’est aussi dialoguer avec le temps. Invité particulier de cette Répétition générale, Jean Mas incarne cette tension fertile. Figure majeure de la scène plastique niçoise depuis les années 1960, il irrigue de sa pensée chaque édition du festival.
Fidèle à son esprit d’ouverture, le Festival du Peu proposera des rendez-vous de médiation : visites commentées chaque samedi à 18h (gratuites et sans inscription), ainsi que des parcours adaptés pour les groupes en semaine. Une invitation à regarder autrement, et à éprouver, peut-être, la puissance du peu. Rendez-vous pour le vernissage le 29 mai, de 19h à 22h, place de la Ferrage !
29 mai au 21 juin, lieux divers, Le Broc. Rens: festivaldupeu.org
photo : Village du Broc © DR