L’utopie fertile de la Roya

L’utopie fertile de la Roya

Dans un monde qui s’essouffle, où l’individualisme fait office de boussole, il est des vallées qui résistent par le haut, par le beau, par le cœur. Durement éprouvée par la tempête Alex, la vallée de la Roya ne s’est pas repliée sur ses plaies. Du 15 au 19 juillet 2026, elle déploie une 9e édition du festival des Passeur.ses d’Humanité.

Le thème de ce nouveau cru : Les Biens qui nous sont communs. Comme le souligne Jacques Perreux, Président des Amis de la Roya : « Le festival est devenu lui-même un bien commun puisqu’on le doit à une grande diversité d’acteurs, de talents et d’engagements de la vallée de la Roya. Entre Breil, Tende et Saorge, une centaine d’événements redéfinissent notre manière de faire société. » Carnet de route.

15 juillet : Éveils et pas de côté 

Ouverture sur les rives du lac de Breil-sur-Roya et sous les voûtes de la chapelle de la Miséricorde. Le festival affirme sa posture : on croisera les générations et les luttes en ouvrant le dialogue intergénérationnel de Casa Viva, avant que Géraldine Giraud ne vienne rompre Le pain du partage. On s’installera ensuite au Café musique pour explorer l’exposition Music Migrations, Paris-Londres, petit bijou scénographique conçu avec le Musée de l’Histoire de l’Immigration.

Côté remue-méninges, on décryptera les mesures européennes sur les migrations avec Roya Citoyenne, tandis que se posera la question d’une alternative citoyenne avec un focus sur la Sécurité Sociale alimentaire. Le soir, la création s’emparera du bitume : Ensemble Facture livrera avec La Demande d’asile une danse viscérale, prélude au folk acoustique des Hawaian Pistoleros. Après les éclats d’un spectacle de feu, clôture sous les étoiles avec le film Nos pas brûlent la nuit de Manon Ott et Grégory Cohen

16 juillet : Insolence et esprit critique 

Cap inchangé sur l’exigence intellectuelle. Qu’est-ce que l’information ? Un bien commun, assurément où La Strada interviendra aux côtés du journal Mouais et du Syndicat de la Presse Pas Pareille et du Pôle des médias indépendants (voir encadré). Une déambulation réflexive débutera avec les chercheurs engagés Bruno Romagny et Sarah Vanuxem, lors de laquelle on bousculera les certitudes avec Alexandra Picheta : Et si l’on cessait d’enfermer les gens dans des cases ?

L’après-midi sera dédiée à l’enfance. La Cie Plante un Regard présentera Parleras-tu ? une enquête théâtrale déjantée basée sur des paroles d’adolescents. En soirée, place à l’absurde sous le chapiteau avec Dissonances Jeanne d’Arc par la Cie du Dire Dire, un règlement de comptes médiatique férocement drôle où se percutent dessinatrice LGBT+ et prêcheurs d’extrême droite. Enfin, le live hypnotique d’Asizolala mêlera pop, jazz et jungle.

CULTURE EN PERIL : LA RESISTANCE S’ORGANISE
Une chape de plomb identitaire menace notre paysage culturel. Huit oligarques s’accaparent nos esprits, Vincent Bolloré en tête. De l’édition (Hachette, Cultura) à la distribution (Relay), jusqu’au cinéma (UGC) et aux ondes de CNews ou Europe 1, le rouleau compresseur de l’extrême droite s’active, épaulé en sous-main par les réseaux intégristes de Stérin. Même l’éducation et les manuels scolaires sont ciblés. Face à cette offensive réactionnaire – doublée en ligne par la tech toxique d’Elon Musk et Mark Zuckerberg, fossoyeurs des démocraties et de la santé mentale de la jeunesse –, le sursaut est vital. C’est pourquoi La Strada fait front commun avec le Syndicat de la Presse Pas Pareille (Fakir, Mouais) et le Pôle des médias indépendants (Blast, Reporterre). Contre les monopoles de la pensée et le poison de la haine, la contre-culture fait le choix de l’indépendance. Le combat pour l’info libre ne fait que commencer.

17 juillet : Communs sacrés et balèti 

On prendra de l’altitude sur la place de Tende pour explorer les biens communs sous l’angle de la spiritualité avec le Père Xavier François, puis sous le prisme environnemental avec une réflexion sur les empoisonnements écologiques, guidée par l’essayiste Corinne Morel Darieux. S’émerveiller du monde ou s’en inquiéter, le festival fait les deux.

Après une halte au Musée des Merveilles, ou une flânerie avec Le Retable des merveilles, écrit in situ pour la place du Ponte, la soirée vire à la communion populaire. Sous l’intitulé D’ailleurs nous sommes d’ici, les polyphonies tendasques s’élèveront dans les rues. On partagera un dîner aux spécialités locales avant de se jeter dans le balèti des 20 ans de Lhi Balò, une transe occitane explosive combinant ska, reggae et folk alpin sous le chapiteau.

18 juillet : Clowns et rock tellurique

Toujours à Tende, la journée s’ouvrira sur l’avenir de la vallée : quel usage alternatif imaginer pour le futur tunnel ? La réponse est collective. Plus loin, l’herboriste Marine Lafon propose une réjouissante conférence gesticulée sur les Migrations végétales, tandis que la Cie Contrepoids utilise le clown pour dire la fragilité de la planète.

Le grand moment d’émotion arrive avec le ciné-concert Kaïros, œuvre locale où les images sauvages de Rémy Masseglia sont sublimées en direct par Gwen Masseglia et Emmanuel Duvivier. Après le Grand Débat International, la température montera d’un cran. Le Hot Hot Club de Saorge prépare le terrain pour le clou de la soirée, sous chapiteau, avec Temenik Electric. Un Arabian-Rock tellurique, une potion de transe orientale et de groove démoniaque où le français et l’arabe s’enlacent sur les deux rives de la Méditerranée.

19 juillet : L’apothéose poétique 

Le festival s’achèvera en beauté, suspendu aux falaises de Saorge. Dès 9 h, rendez-vous autour d’un insolite « bar à eaux » avant de partir pour des balades sur les réseaux hydrauliques du village. Journée de déambulation totale : au détour d’une ruelle, on croisera l’exposition Essences locales du collectif Super Issue, on écoutera les chorales de la vallée ou la poésie de Philippe Cara. Les illustrateurs phares Edmond Baudoin et Carole Chaix investiront la Zone à Dessiner pour des performances graphiques en direct. Pour clore cette aventure humaine, la Cie 7 Pépinière présentera une création dansée inspirée de La Horde du contrevent d’Alain Damasio

Et nous n’avons pas évoqué toutes les activités parallèles quotidiennes : rencontres, chantier participatif avec écriture, poésie, dessin, couture, théâtre, danse, chant, arts plastiques, une radio en direct du festival, présences d’éditeurs, libraires… Sans oublier une programmation spéciale pitchoun·e·s ! De quoi repartir de la Roya le cœur grand ouvert.

15 au 19 juil, lieux divers, Breil-sur-Roya, Tende & Saorge. Rens: passeursdhumanite.com

photo : Passeur.ses d’Humanité © DR

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