Malraux face au miroir des images

Malraux face au miroir des images

À première vue, le Musée du Masque de fer et du Fort Royal semble appartenir au domaine de la mémoire. Ancienne prison d’État fortifiée sous Louis XIV, perchée sur l’île Sainte-Marguerite, il évoque autant le mystère du Masque de fer que les vestiges archéologiques remontés des fonds marins. Pourtant, le site s’ouvre cette année à une réflexion étonnamment actuelle en accueillant l’exposition-dossier Un hommage à André Malraux : le musée imaginaire revisité, proposée dans le cadre du cinquantenaire de la disparition de l’écrivain et ancien ministre de la Culture.

Labellisée par le ministère de la Culture, cette exposition prend place dans les anciennes citernes romaines du Fort. Elle revisite l’une des idées les plus fécondes de Malraux : celle du « musée imaginaire ». Dès le milieu du XXe siècle, il avait pressenti que la reproduction des œuvres d’art allait bouleverser notre rapport à la création et permettre à chacun de constituer sa propre collection mentale d’images. À travers ouvrages originaux, documents iconographiques et citations, le parcours met cette intuition en regard des enjeux contemporains liés à la diffusion massive des images, à la virtualité numérique et à l’intelligence artificielle. Que reste-t-il de l’authenticité et de l’aura d’une œuvre à l’ère du flux permanent d’images ? 

L’hommage rendu à Malraux ne se limite pas à l’homme de lettres. Il met également en lumière l’action du ministre qui joua un rôle majeur dans la protection du patrimoine. L’exposition célèbre ainsi les 60 ans du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), créé à son initiative. Une thématique qui trouve naturellement sa place dans ce musée cannois, dont les collections permanentes conservent de remarquables découvertes issues des épaves retrouvées au large des îles de Lérins.

Autour de l’exposition, la Ville de Cannes déploiera cet automne une programmation culturelle destinée à prolonger la découverte de l’œuvre et de la pensée de Malraux. La médiathèque Noailles accueillera ainsi, les 25 et 26 septembre, un week-end thématique avec une conférence de Marie-Sophie Doudet consacrée aux liens entre Malraux et l’art, suivie de la projection du documentaire Journal de voyage avec André Malraux de Jean-Marie Drot. Le 12 octobre, l’historien Yvan Gastaut proposera une conférence biographique à la salle Stanislas. Puis, le 3 décembre, Cannes Cinéma et Cannes Université organiseront une ciné-conférence autour d’Espoir, Sierra de Teruel (1940), unique film réalisé par André Malraux.

Autant de rendez-vous qui redonnent un souffle vibrant à la pensée d’un homme pour qui l’art était le plus puissant vecteur d’émancipation humaine. Hommage ô combien utile, dans une période où la Culture est devenue une « variable d’ajustement » pour certains qui conçoivent les budgets des collectivités publiques…

6 juin > 31 oct, Musée du Masque de fer et du Fort Royal – Île Sainte-Marguerite, Cannes. Rens: cannes.com

photo : André Malraux © Agence Rol, 1933 (coll. BNF) – Wikimedia Commons