Mémoires de l’eau

Mémoires de l’eau

L’eau a-t-elle une âme, ou du moins des souvenirs ? À l’heure où nos nappes phréatiques s’épuisent et nos océans souffrent, le Musée de Vence – Fondation Émile Hugues choisit la voie du sensible.

Loin des litanies de chiffres, l’exposition collective Mémoires de l’eau, orchestrée par Mathieu Vabre, propose une immersion poétique, sonore et numérique, à travers 6 installations qui auscultent les traces invisibles de cet élément vital. 

Et ici, la géographie se touche autant qu’elle s’écoute. Avec The Mamori Expedition, Els Viaene transmute son voyage en Amazonie en une sculpture tactile en bois. Coiffé d’un casque, le visiteur navigue au fil du fleuve, éveillant une archive liquide et acoustique d’une belle pureté. Plus loin, le numérique s’efface devant la magie de la matière : dans IRIS de Hernan Zambrano, le public manipule des manettes pour tendre un mince film de savon. Sous l’effet d’un délicat mapping, la membrane devient un miroir polychrome, sensible au souffle, métaphore de notre symbiose avec les flux du monde. 

Cette ré-harmonisation se fait aussi chorale. Avec Rivière-Etoiles, le Studio Onyo invite à confier un vœu à haute voix. Chaque parole devient une étoile filante projetée, venant nourrir le lit d’une rivière numérique collective. Une œuvre participative résolument lumineuse, qui pose une question essentielle : et si l’eau était un être à écouter plutôt qu’une simple ressource ? La mélancolie écologique affleure de manière plus intime avec Hard Times – Soft Sounds de Moritz Simon Geist. Une vingtaine de coquillages venus du monde entier, mus par de discrets moteurs et remplis d’eau, murmurent des complaintes proches de l’ASMR, sans haut-parleur. Une méditation post-numérique sur la fragilité de nos littoraux face à l’extraction. À cette plainte répond la minéralité cinétique de FLUX, installation de Pierce Warnecke et Clément Edouard, où des roches suspendues oscillent pour rejouer l’histoire d’un cours d’eau disparu, du granite au sable. 

Enfin, le collectif Les yeux d’Argos nous plonge dans le temps long avec ses dioramas animés, Paléorama. Du Cambrien au Crétacé, ces fenêtres sur le passé mêlent pliages et électronique pour rappeler que le vivant s’est toujours réinventé au gré des aléas climatiques. Une magnifique invitation à écouter le clapotis des millénaires pour mieux habiter notre présent.

27 juin > 1er nov, Musée de Vence – Fondation Émile Hugues, Vence. Rens: museedevence.fr

photo : Hernan Zambrano, Iris, 2022 © DR