26 Juin Sédimentation du visible
Six ans après sa dernière apparition chez Catherine Issert à Saint-Paul-de-Vence, Jean-Charles Blais réactive un compagnonnage historique débuté en 1981. Une complicité qui agit comme le révélateur d’une obsession presque monomaniaque, presque anachronique : une foi inébranlable dans la matérialité de la peinture.
Pourtant, Jean-Charles Blais n’a rien d’un dévot de la tradition. L’artiste opère sur une ligne de crête conceptuelle, cultivant un paradoxe fertile : la figure y est omniprésente, mais la figuration en est rigoureusement évacuée. Ses silhouettes d’un noir brillant, capturées à l’huile ou à la gouache, n’articulent aucune narration. Elles s’appréhendent de manière sérielle, comme un storyboard désamorcé où le sens reste en suspens. La force de l’artiste réside dans cette économie de moyens. Fidèle à son protocole, il investit le « déjà-là » des affiches arrachées, prélevées dans le tissu urbain. C’est dans l’accident de ces ruines publicitaires, grattées et creusées au cutter, que la forme advient. Tel un jardinier dans son atelier de Vence, Blais n’invente rien ex nihilo ; il accompagne la croissance organique de la peinture, écoutant pousser la matière. Le corps, leitmotiv de l’œuvre, s’y manifeste par son retrait. Silhouette errante, personnage de dos, vêtement-fantôme : le sujet s’efface pour s’incorporer au support. Ne reste alors qu’une physicalité pure, une surface-peau tactile qui brouille le fond et la forme. L’artiste signe ici une célébration magistrale de la picturalité, un éloge du murmure et de la mémoire sédimentée.
20 juin > 5 sep, Galerie Catherine Issert, Saint-Paul-de-Vence. Rens: galerie-issert.com
photo : Jean-Charles Blais, Sans titre, 2025, 168 x 112 cm © DR