20 Juil Le Broc : « furie douce » aux Arts d’Azur
La 14e saison des Arts d’Azur s’apprête à faire vibrer l’arrière-pays. Contrairement aux esprits chagrins qui prônent l’exclusion et la censure culturelle, Le Broc et ses 1500 âmes prouvent que la Culture est un lien social essentiel, un poumon qui fait vivre un village et fixe sa population tout en faisant rayonner son état d’esprit alentour.
On l’attendait avec la curiosité gourmande des habitués : la programmation 2026-2027 des Arts d’Azur au Broc est tombée. Une 14e saison où l’institution azuréenne affiche une ambition intacte : nous surprendre. Cette année, point de tiédeur, mais une promesse en forme de manifeste : une « furie douce ». Comprenez une invitation chaleureuse à vibrer, à rire et à réfléchir, dans un subtil et exigeant équilibre entre légèreté et engagement sociétal.
L’art d’éveiller les consciences
Car, comme chaque saison, la réflexion sur les enjeux sociétaux traverse la programmation. Et ce dès septembre, avec Résistances poétiques, soirée portée par Cyril Dion et Sébastien Hoog, entre poésie, musique, lucidité écologique et espérance active. Une manière d’affirmer que la beauté peut encore servir de contre-feu aux désordres du monde. Conçu autour d’une thématique on ne peut plus actuelle, le spectacle Pays Bonheur, programmé dans le cadre de la Journée mondiale de la justice sociale, donnera voix à l’exil, à la désillusion et à la dignité fragile de ceux qui cherchent ailleurs une vie meilleure. Adapté du roman d’Emmanuel Darley et interprété par Thierry de Pina, ce seul-en-scène délivre un théâtre de conscience, sans pathos inutile.
Plus léger en apparence, Vers l’infini (mais pas au-delà), avec Guillaume Meurice et l’astrophysicien Éric Lagadec, explore lui aussi nos impasses contemporaines, en envoyant la bêtise humaine tutoyer les galaxies. Entre science, humour et regard politique, le voyage s’annonce vaste – et le carburant, malheureusement, inépuisable.
Par extension, cette veine engagée irrigue aussi les concerts. Ensemble !!!, collectif réunissant Mike et Riké de Sinsémilia, Manu et Guizmo de Tryo, Vanupié, et leurs amis, fera résonner reggae, chanson française et fraternité joyeuse. Même énergie – l’électricité en plus – du côté de The Locos, échappée ska-punk de l’aventure Ska-P, qui viendront célébrer un SKArnaval placé sous le signe de la fête, de la colère et du mouvement.
Musique encore, mais dans un registre plus léger : on se laissera porter par la pop élégante d’Elephanz, duo nantais aux mélodies racées, ou par Oldelaf, en solo piano, pour un tête-à-tête que l’on devine tendre, drôle et sensible.
Des planches habitées
La saison théâtrale s’annonce dense. Événement attendu, Dans le couloir, de Jean-Claude Grumberg, avec Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo, promet une comédie acérée, drôle et touchante, où les petites douleurs du quotidien ouvrent sur les grandes questions de l’existence.
On changera d’univers avec Julie Depardieu dans La Misérable, seul-en-scène consacré à Juliette Drouet, l’ombre ardente de Victor Hugo, muse, amante, copiste et prisonnière d’un amour aussi immense qu’enfermant. Quant à Sergi López, il présentera Non Solum, performance libre et existentielle, où un homme seul se démultiplie en une galerie de personnages aussi fantasques qu’humains.
Fidèle à son rôle de pépinière, la salle fait aussi la part belle aux créations. On découvrira Les Grandes Histoires de la Cie Pantaï, accompagnée depuis plusieurs années, ainsi qu’une création en résidence aux Arts d’Azur, D’ici et d’Ailleurs, portée par Éric Frèrejacques et Cédric Landry, deux conteurs à la croisée des cultures et des imaginaires.
Saluons aussi la poursuite du partenariat avec le Forum Jacques Prévert, qui permettra notamment d’accueillir le toujours très élégant François Morel, rejoint sur scène par son fiston Valentin Morel, dans Le Dictionnaire amoureux de l’inutile. Une collaboration qui s’étend cette année à plusieurs rendez-vous autour de l’enfance et de la jeunesse.
Solidarité et rue en fête
La saison fera aussi la part belle à l’émerveillement grâce au magicien Mathieu Stepson, lauréat de La France a un incroyable talent, ainsi qu’à la solidarité avec un temps fort autour d’Octobre Rose : la Cie Les Audacieuses interprétera 8 femmes, célèbre comédie policière de Robert Thomas, et Le Chœur du Sud proposera un concert au profit du Centre Antoine Lacassagne à Nice.
Enfin, divine surprise : la rue reprend toute sa place au Broc ! Et avec elle cette capacité unique des arts de rue à fabriquer du commun, en transformant l’espace public en terrain de jeu, de rencontre et de partage. La saison s’ouvrira donc, dès le 5 septembre, avec les fous furieux Demi-frères Grumaux de Carnage Productions, accompagnés des Mobil’Hommes et des Chapacans, pour donner joyeusement le ton de la saison. Et même si la perspective est encore lointaine, cochez déjà le weekend 4 au 6 juin 2027 sur vos agendas : le festival BROC en Scène ! investira les places du village, pour célébrer à nouveau ces arts de rue si nécessaires aujourd’hui. En point d’orgue, Le Grand soir mêlera théâtre, chansons et humour, avant de dévoiler les contours de la future 15e saison ! D’ici là, le public aura largement de quoi vibrer et lever le poing bien haut…
Rens: lesartsdazur.net
photo : Vers l’infini (mais pas au-delà) © LouizArt