09 Sep Brise l’aquarium
Après Jours étranges et Body-Fat, Mohamed Rezkallah livre avec Brise l’Aquarium son récit le plus à vif. Une autofiction brute, fiévreuse, traversée par le vertige de la chute et les fêlures du quotidien.
Tout bascule en quelques jours. Quinze ans de mariage volent en éclats, et voilà un homme parachuté dans un local minuscule à Nice : un « trou » pour tout refuge, un seau, un mini-frigo et une guitare. Dans cet envers du décor, quelques présences veillent à voix basse : une référente RSA, une prostituée à la douceur inattendue, une réceptionniste dépositaire de ses silences. Jusqu’à ce message, lâché après six mois d’absence : « Coucou papa ! Ça va ? » Une fragile étincelle… Mohamed Rezkallah a cette manière d’écrire à même la chair, d’arpenter la lisière niçoise – du quartier des Moulins aux angles morts de la ville – avec ce pressentiment persistant que le décor peut s’effondrer. Avec une langue sèche, nerveuse, il ne cherche jamais à embellir le naufrage. Il en restitue la faim, le froid, la honte, mais aussi ces furtifs éclats de tendresse qui surgissent au milieu des décombres. Surtout, le récit fait vaciller les certitudes : la douleur et le manque brouillent la mémoire, laissant le lecteur avancer sur un sol mouvant, en un écho troublant à son précédent livre VHS. L’auteur niçois signe ici un texte sans filet sur la paternité empêchée et le déclassement. Une chronique âpre et vibrante sur ce qui s’obstine à vivre quand tout le reste s’est effondré.
Brise l’aquarium de Mohamed Rezkallah (Éditions Libre 2 lire)