30 Oct Jazz à Juan : l’incubateur
Philippe Baute, directeur de l’office du tourisme d’Antibes Juan les Pins, organise avec la Ville d’Antibes Juan les Pins le festival Jazz à Juan, une manifestation qu’il a mise en réseau avec les autres grands festivals de la Planète. Il a aussi installé d’autres événements, véritables tremplins professionnels pour des musiciens, que sont Jammin’Juan, en novembre, et les Jammin’ Summer Session, durant période estivale.
Avec ces événements placés sous la tutelle de Jazz à Juan, le festival montre la voie en permettant à de nouveaux projets de trouver une économie et de se faire connaître. Si les jeunes musiciens sont ciblés, nombre de sidemen, ces musiciens accompagnateurs reconnus, en profitent aussi pour lancer à cette occasion leur propre projet musical, indique Marilyne Bailli, responsable des événements labélisés Jammin’, qui a évoqué pour nous ces différents projets.
Jammin’Juan
Jammin’ Juan présentera, du 6 au 8 novembre, 18 showcases – soit 6 sets par jour – dans différentes salles du Palais des Congrès d’Antibes Juan les pins, ainsi qu’à la Médiathèque pour les scolaires, et chaque soir, un concert avec une tête d’affiche. Ce festival, ouvert au grand public, est aussi un marché professionnel unique pour les projets émergents désireux de trouver grâce aux yeux de programmateurs de salles et festivals français et européens invités. Chaque année, 18 groupes/artistes sont sélectionnés par un comité constitué d’un panel de journalistes spécialisé, d’experts, mais aussi d’une enseignante de musique antiboise et de quelques membres de l’équipe de l‘Office du Tourisme d’Antibes Juan-les-Pins. En résulte une programmation diversifiée, pointue, mais lisible par le public : une manière d’optimiser les possibilités d’être programmés pour les talents sélectionnés. C’est aussi une manière de lier l’équipe de l’Office du Tourisme qui travaille à l’année sur le jazz et s’investit pour que cette musique continue d’évoluer.
Si les concerts du soir ont, depuis la première édition, toujours été ouverts au grand public, cette édition 2024 marque un changement, puisque les showcases sont désormais accessibles à tout le monde (réservations conseillées, car les places sont limitées). Sans revenir sur la totalité de la programmation showcases, qui verra défiler des artistes comme Simon Denizart, Djazia Satour & Pierre-Luc Jamain, ‘Ndiaz, No(w) Beauty ou Nora KJamm, penchons-nous sur les concerts du soir…
Avec, pour commencer, Macha Gharibian, qui présentera son nouveau projet Phénominal Woman. Ode à la puissance féminine, ce 4e album de la pianiste, chanteuse et compositrice franco-arménienne, connue pour son mélange unique de jazz, de musique du monde et de folk, convie deux sublimes voix pour accompagner la sienne : celles de Léa Maria Fries et Linda Olàh. Elle s’est aussi entourée du batteur Dré Pallemaerts et du bassiste Kenny Ruby. À son métissage de langues, de l’anglais à l’arménien déjà présents dans ses précédents albums, s’ajoutent aujourd’hui le français, le brésilien et l’arabe – une ouverture vers un pays de mystère qui l’a beaucoup inspirée.
Rouge assurera la deuxième soirée, dans une configuration piano-basse-batterie, avec quelques arrangements électro. Fondé en 2018 par la pianiste Madeleine Cazenave, le bassiste Sylvain Didou et le batteur Boris Louvet, le trio sortait en 2021 son 1er album, Derrière les paupières. Un opus aux allures de manifeste qui installait le trio dans le paysage du nouveau jazz hexagonal. En rejoignant le Label Bleu, pour un Vermeilles aussi ambitieux que séduisant, Rouge franchit un nouveau cap. Passant de morceaux pulsés de groove cotonneux minimalistes empreints d’une sorte de mélancolie pop (Feu, Louves, Move In) à des compositions hybrides aux mouvements contrastés laissant filtrer des références plus ou moins subliminales, à la musique classique (Granit, Tempête), voire à la chanson (le très beau Strawberries in the Dark, interprété par la chanteuse folk britannique Kate Stables), le groupe réaffirme la singularité de son univers.
Changement total d’ambiance, le troisième soir, avec Cotonete. Au beau milieu de leur tournée Victoire de la Musique, du nom de leur 5e album, les sept « funkateers » en villégiature (dont Florian Pélissier aux claviers, Frank Chatona au saxo et David Georgelet à la batterie) électriseront la scène de Jammin’Juan. À la croisée de Herbie Hancock, Deodato et Michel Colombier, Cotonete propose une performance de pure disco cosmique et de jazz-funk interstellaire. Un funk libératoire pour âmes sensibles et hanches galvanisées.
Jammin’ Summer Session
Décliné l’été, le projet Jammin’Juan constitue aussi un vivier pour un festival off qui se déroule en parallèle du Jazz à Juan et se poursuit durant toute la période estivale. Les Jammin’ Summer Session, ce sont des concerts gratuits aussi qualitatifs que variés. Le concept de ces scènes installées sur la Petite Pinède et le Kiosque – place Nationale, est simple : des chaises sont mises à disposition du public, qui a tout loisir d’y prendre place, ou de s’installer aux terrasses des cafés attenants, voire sur son propre fauteuil de plage ou son plaid, avec son pique-nique, son apéro… Tout en respectant, bien sûr, les musiciens sur scène. L’objectif : faire découvrir gratuitement des groupes de jazz émergents de la scène française et européenne. Soigneusement sélectionnés, ces groupes, en général composés de jeunes musiciens ou de sidemen, sont à 90 % issus de Jammin’Juan, les 10% restants d’autres festivals ou marchés avec qui Jazz à Juan collabore en Europe. De quoi partir à la découverte de tous les jazz, du classique à l’électro, à l’instar du patriarche, le Jazz à Juan !
6 au 8 nov, Palais des Congrès, Antibes. Rens: jammin.jazzajuan.com
photo : Jammin’Juan 2023 © OTC Antibes