30 Oct Des femmes qui disent tout haut…
Jacqueline Gainon expose à la Galerie Eva Vautier. Radicale devant l’Éternel, elle livre pourtant une exposition tout en esthétique, presque apaisée. Elle réinterprète des images féminines de grands maîtres sur des matières inattendues et sur des tissus à trame, et présente, en miroir, des portraits de femmes réalisés il y a 30 ans. Comme un écho, Natacha Lesueur diffuse, à l’étage de la galerie, quelques images d’une Carmen Miranda qu’elle ne cesse de transformer…
Dans cette nouvelle exposition, Jacqueline Gainon explore la manière dont la répétition des formes et des motifs influence la perception esthétique. Avec Beauté convulsive, elle rend hommage à Jean Monnet et à son Déjeuner sur l’herbe, à Édouard Manet et son Olympia, et à Jean-Auguste-Dominique Ingres et sa Grande Odalisque, en réinterprétant et en recadrant ces œuvres, mais surtout en travaillant avec d’autres textures, comme le velours, et d’autres trames géométriques – dont certaines rappellent quelque peu Support Surface et ses motifs à répétition. En 1987, lors d’une exposition chez Joachim Becker, le critique Jacques Lepage notait : « Jacqueline Gainon accepte d’être peintre, d’apparaître traditionnelle, elle ne théorise pas, elle peint et ce qu’elle peint devient la peinture. » Jacqueline montre ici comment elle conçoit la peinture. Réinterpréter des motifs, des peintres très connus, permet de mieux comprendre la perception et l’expression de cet artiste.
Trente ans séparent les œuvres récentes de ses anciens travaux qu’elle expose en même temps. Cette « mise en miroir » de la vision des femmes qu’avaient certains grands maîtres avec la sienne, datée de trois décennies, rend toute l’amplitude de son talent. Serait-ce la maturité ? Mais l’artiste ne montre pas tout, car elle pense que sa peinture est parfois trop « radicale ». Il est vrai que la période est plutôt dominée par la tartufferie et les présupposés douteux. Et Jacqueline Gainon n’aime pas ces faux semblants, ces moralistes totalitaires qui nous font vivre un début de siècle inquiétant. Ce qui renforce d’autant plus l’intérêt de ses œuvres anciennes, brutes, à grands traits, violentes, passionnelles et sincères. Celles-ci rappellent ces Nouveaux fauves allemands, dont Luciano Castelli fut l’égérie stimulante, et tous ces symboles d’une période punk où l’on savait encore rejeter l’oppression et « l’ordre nouveau ».
C’est à l’occasion du festival OVNi (voir article page 18) que la galerie Eva Vautier présente à l’étage le film Sans titre (2011) de Natacha Lesueur, tiré de sa série Carmen Miranda. Depuis 2009, l’artiste réalise des mises en scène photographiques faisant appel à un modèle pour rejouer le personnage de Carmen Miranda. Actrice et danseuse brésilienne d’origine portugaise, particulièrement célèbre aux États-Unis dans les années 1940, elle incarnait un certain exotisme, coiffée d’immenses chapeaux ornés de fruits, vêtue de costumes extravagants de samba, affichant une sensualité exubérante et un mélange de cultures sud-américaines sans distinction. Une construction médiatique dont Hollywood fut le premier promoteur…
Jusqu’au 28 nov, Galerie Eva Vautier, Nice. Rens: eva-vautier.com
photo : Vue de l’exposition Jacqueline Gainon – Galerie Eva Vautier © DR