Good Sexe or not ?

Good Sexe or not ?

Après les années de vide et de corps mis à distance qui ont suivi la crise du Covid, le collectif irlandais Dead Centre s’est associé à la romancière Émilie Pine pour une expérience de plateau aussi risquée que réjouissante. Une création programmée en avril par le Théâtre national de Nice, dans une période où certains tartuffes brident la création. C’est courageux, malicieux et profondément humain.

Malgré son titre, Good Sex ne verse jamais dans le voyeurisme : ce qui se joue ici, c’est une mise à nu du métier de comédien. Chaque soir, un duo d’interprètes – qui ne se sont jamais croisés ni n’ont lu une ligne du texte – s’avance dans l’inconnu. Ils reçoivent leurs répliques en direct, grâce à des oreillettes. Ces acteurs ne doivent absolument pas connaître le spectacle et, en tournée, sont idéalement recrutés dans la région où il est présenté.

Sur scène, ils sont accompagnés par trois autres comédiens (Émilie Maquest, Nicolas Payet et Josépha Sini) : deux souffleurs et une coordinatrice d’intimité. Les interprètes invités ont entre 30 et 45 ans, sans distinction de genre – dommage : être du même sexe n’aurait dérangé personne… Du moins, espérons-le ! Avant la représentation, ils participent à un atelier, encadrés par une coordinatrice d’intimité qualifiée, qui prépare les scènes de sexe factices, entièrement chorégraphiées pour en donner l’illusion. Sous l’œil attentif de ces spécialistes, ils doivent ainsi simuler l’amour, là, sous nos yeux. Comment chorégraphier le désir sans le trahir ? Comment produire sueur et souffle à partir de la seule technique ? Voilà les enjeux de cette expérience théâtrale singulière.

Loin d’être provocateur, ce spectacle, traduit par Simon Vandenbulke et mis en scène par Ben Kidd, propose une réflexion malicieuse sur le consentement et la mécanique de l’illusion. On y découvre que la scène de sexe est peut-être l’ultime défi de l’acteur : un jeu aux règles strictes, où la magie n’opère que si le public accepte d’y croire. Entre rires et questionnements sur notre rapport à l’intime, cette pièce surprenante démonte les rouages de la fiction pour mieux nous réconcilier avec le vivant. C’est brillant, culotté et diablement humain.

29 & 30 avr, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr

photo : Good sex © Alexandre Fytrakis