26 Juin Liminalités niçoises
A Nice, la galerie Espace à vendre célèbre le retour d’une figure majeure de la scène plastique azuréenne, aussi discrète que talentueuse, tout en proposant un regard sur la relève. Une manière pour son directeur, Bertrand Baraudou, de célébrer la richesse de la scène artistique niçoise, qu’il défend avec une opiniâtreté et une audace remarquables, dans la période que nous traversons.
Les fictions chimiques du retrait
Évoquer le travail de Denis Castellas, c’est s’aventurer dans un territoire d’incertitudes fécondes, là où la peinture refuse le spectaculaire pour privilégier la latence et le fragment. Cet été, l’artiste investit le Château de l’Espace à vendre avec un ensemble de pièces amorcé en 2023 à New York, sa base transatlantique depuis plus de 30 ans. Ici, le textile devient un espace traversé de tensions physiques et mémorielles. Figure singulière de la scène contemporaine française, Denis Castellas déploie une esthétique où l’image, jamais stable, flotte et résiste comme un souvenir incomplet. Dans cette nouvelle série, les tissus imbibés, lavés ou incisés par la brûlure portent les stigmates d’une peinture qui semble autant surgir que se dissoudre. Loin de s’encombrer d’un pathos figuratif, ses compositions affichent une porosité radicale. L’altération par l’eau de Javel n’y agit pas comme un simple procédé plastique, mais comme un révélateur inversé : elle retire la couleur autant qu’elle dévoile la structure du support. « Le mystère naît précisément de cette hésitation permanente entre présence et disparition, entre geste et effacement« , indique Bertrand Baraudou.
Ces œuvres prolongent une recherche menée depuis plusieurs décennies autour de la surface picturale comme lieu de friction mentale. En faisant du repentir et de l’accident un langage souverain, Castellas maintient ses pièces dans un état de suspens poétique. Une formidable machine à ralentir la perception. « Denis Castellas poursuit ici une œuvre exigeante et silencieuse – une peinture qui semble avancer dans ses propres ruines, jusqu’à faire affleurer des formes presque fantomatiques dans un art faussement fragile« , conclut Bertrand Baraudou, qui n’oublie pas de soutenir la jeune création en invitant parallèlement deux artistes émergentes, anciennes étudiantes de la Villa Arson, dont les parcours ont déjà retenu l’attention : Anna Tomaszewski et Suska Bastian.
L’esthétique du flux
Pensée comme un seuil entre plusieurs réalités, l’exposition Liminal Grounds orchestre un dialogue sculptural et organique entre Anna Tomaszewski et Suska Bastian. Au cœur de cette proposition, le sable opère autant comme matière que comme métaphore d’un monde poreux, instable et en perpétuelle mutation. Les artistes y déploient un paysage en devenir où les formes hybridées oscillent entre le vivant et l’artefact, la ruine et sa possible recomposition. Par la dissection, le déplacement et la réactivation d’objets, les œuvres portent les traces de temporalités enfouies, abolissant les frontières entre nature et technologie. Une friction plastique qui transforme le vestige en apparition.
16 juin > 18 sep, Galerie Espace à vendre, Nice. Rens: espace-avendre.com
photo : Denis Castellas, Série Woodside (« El Met siempre « ) 2024, Encre pastel et eau de javel sur toile de lin, 100x110cm © DR