26 Juin TNN : l’humanité mise à nu
Du Festival de Tragédie, lancé en le 16 juin, aux Contes d’apéro, le Théâtre national de Nice brillera particulièrement cet été. Au centre des interrogations : notre humanité.
Sous le ciel lourd de notre époque, cerné de conflits, de peur et d’intolérance, le théâtre s’impose moins comme un divertissement que comme une nécessité de Salut public. À Nice, le 3e Festival de Tragédies, poétiquement sous-titré L’Arène des cœurs, investit le cadre millénaire des Arènes de Cimiez. Sous la direction de Muriel Mayette-Holtz, cette manifestation refuse la complaisance envers la monstruosité pour privilégier une confrontation lucide et pleine d’empathie. Face à l’inévitable, le festival nous rappelle que si la tragédie montre ce que l’on peut perdre, le théâtre sauve l’essentiel : la présence de l’autre.
Quelle tragédie !
Après une ouverture avec Bord de mer, chef-d’œuvre de Véronique Olmi porté à la scène par Muriel Mayette-Holtz, suivi des Suppliantes, où Charles Tordjman ressuscite le cri vieux de 2 500 ans d’Eschyle, l’arène antique accueille Bérénice. Avec cette pièce, Robin Renucci revient à l’épure absolue du texte de Racine. Sur un plateau nu, le public plonge dans l’intimité dévastée du triangle amoureux formé par Bérénice, Titus et Antiochus. Ici, c’est la splendeur de la langue racinienne qui sert de creuset à l’émotion universelle.
Le bien nommé Mythique ! pensé pour les familles par Thierry Vincent et la Cie B.A.L. dans les jardins du Musée d’Archéologie, explore quant à lui les légendes d’Ariane, Thésée et du Minotaure avec malice, humour et pédagogie.
La Cie Das Plateau, emmenée par Céleste Germe et Maëlys Ricordeau, s’est pour sa part inspirée de L’Orestie d’Eschyle pour composer Un jour sans vent, qui conclura ce Festival de tragédie, les 1er et 2 juillet. Dialoguant avec l’écriture incandescente de la poétesse Milène Tournier, le spectacle interroge le paradoxe des femmes sacrifiées et réduites au silence pour que s’érige la paix des hommes.
Toutes ces réflexions se prolongent lors des Autours du festival, 100% gratuits, avec des lectures, des conférences – dont une sur la tragédie comme réflexion sur la frontière (tout à fait d’actualité en cette période) –, un atelier-performance, et les acclamés Procès des grands personnages (Thésée, Pandore, Clytemnestre) en plein air avec le Barreau de Nice.
À l’heure de l’apéro
À l’issue du Festival de Tragédie, le théâtre niçois prend la direction du Kiosque du TNN qui s’anime chaque soir à 19h pour de joyeux rituels, ici encore en entrée libre. On attaquera, du 6 au 10 juillet, par la traditionnelle saga estivale autour de Marivaux : après Le Legs en 2025, c’est L’Héritier de village, farce très critique sur les ravages de l’argent mise en scène par Laurent Prévot, qui lancera ces Contes d’Apéro, avant de partir en tournée dans le 06 en août.
Du 11 au 21 juillet, place à une vibrante Carte blanche poétique menée par Jacky Ido, où des comédiens mêleront les grands classiques aux textes d’amateurs sélectionnés par le Comité de lecture, lançant ainsi les Olympiades poétiques, grand concours populaire. Puis, du 22 au 26 juillet, le rafraîchissant cabaret-proverbe Elle est où la peau de l’ours ? joué par les apprentis de l’ERACM, conclura les festivités avec autant d’esprit que de malice. Un rendez-vous citoyen et théâtral indispensable.
Festival de Tragédie, 16 juin > 2 juil, Arènes de Cimiez & lieux divers, Nice • Les Contes d’Apéro, 6 > 26 jui, Kiosque du TNN, Nice. Rens: tnn.fr
photo : Mythique ! © Frédéric Pasquini