Le vénérable mélèze

Le vénérable mélèze

Et si la beauté ne s’observait plus seulement qu’avec les yeux ? C’est le défi fou de cet « objet éditorial non identifié » né dans les Alpes-Maritimes, qui pulvérise nos habitudes de lecture. Cet ouvrage de Gilles Mottet abolit les frontières du sensible pour offrir une immersion artistique que l’on peut partager entre aveugles, malvoyants et voyants.

Façonné page à page par l’imprimerie Laville sur une presse à l’ancienne, préfacé par Francis Hallé, ce livre bigraphe marie le braille aux grands caractères typographiques. Sous la pulpe des doigts affleurent les reliefs gaufrés sculptés par des artistes : Mary Joly, Jean-Louis Polidori, Denis Gibelin… Tandis qu’une carte parfumée exhale des effluves de conifères. Un scan de QR Code, et la voix chaleureuse du fameux architecte-paysagiste Jean Mus conte l’histoire de deux fillettes abritées sous un mélèze de 500 ans, foudroyé par l’orage.

Un autre permet d’accéder à une composition musicale éolienne créée par l’auteur Gilles Mottet. Devenu instrument de musique sous le souffle du vent, l’arbre chante sa résilience, porté par les harmonies éoliennes de l’auteur. Ainsi, voyants, malvoyants et déficients visuels peuvent faire appel à quatre sens pour compulser cet ouvrage : la vue, l’ouïe, le toucher et l’odorat. Soutenu par l’UNESCO pour le bicentenaire du braille, cet ouvrage affranchi des normes dépasse le concept étriqué d’inclusion. Mention spéciale du jury au Prix Saint-Fiacre, il orchestre une véritable rencontre des sens, poétique et jubilatoire.

Une magnifique leçon d’humanisme tactile qui bouscule nos certitudes et réinvente l’art de lire grâce à Michèle Ramin, cofondatrice et présidente d’honneur de l’Arboretum de Roure.

Le Vénérable Mélèze de Gilles Mottet (Éditions de l’Arboretum de Roure)