Johnny, tu m’entends ?

Johnny, tu m’entends ?

Mohammed Rezkallah a trouvé l‘inspiration dans cette “distanciation sociale” nouvelle qui marquera à jamais la période que nous vivons. Cette fois sexe et violence, qui sont un peu sa marque, se retrouvent dans cette sorte de dystopie.

Johnny sort du coma. Il ne se souvient de rien. Il apprend qu’il a 231 ans. Qu’ici, pour six mois de vie, il peut se payer une esclave sexuelle. Que tout se monnaie ainsi… C’est au Sublimatorium que les transactions se passent… Najwa, 33 ans, serveuse au Flunch, est enceinte. Réduite à vivre en colocation dans un taudis qu’elle partage avec Diego, elle sort tous les soirs armée d’un tournevis pour chasser… Johnny, tu m’entends ? ne se limite à ces deux-là, c’est un roman “choral” où de nombreux personnages permettent à l’auteur de préserver un peu d’espoir dans un monde où l’humanisme n’est qu’un souvenir, mais où l’intrigue se déroule dans des époques parallèles. Très proche d’un univers à la Enki Bilal, ce roman est une forme d’allégorie dans laquelle la vie quotidienne devient un enfer, où tout se vend, tout s’achète…

Ça ne vous rappelle rien ? Ne sommes-nous pas en train d’y arriver à coups d’interdictions soi-disant pour notre sécurité ? Ne vivons-nous pas une période hautement liberticide, où toutes les décisions semblent être prises pour l‘économie et jamais pour la vie sociale ? Ne sommes-nous donc considérés que comme esclaves ou consommateurs ? Nos émotions, nos désirs, notre humanité n’ont vraiment pas l’air d’être pris en compte par “ceux qui décident”.

Tout cela a inspiré Mohammed Rezkallah : “Les conditions de vies actuelles nous coupent littéralement de qui nous sommes, de nôtre humanité. Je voulais retrouver cette chaleur originelle, ce besoin essentiel de l’autre et tous les débordements inattendus et délicieux que cela peut engendrer. Je voulais m’éloigner de la triste fiction qu’est devenu le quotidien, fuir au sein d’une autre fiction, plus humaine, plus vibrante, simple (…) Aimons-nous sans attendre. Ne laissons pas nos âmes devenir aussi froides que le simulacre qu’on essaie de nous faire avaler jour après jour. (…) Vivons fort, sans hésitez, sans peur, avec fougue et joie. Qu’importe ce que la tétine de verre et la radio hurle… Tournons le dos à ces conneries et levons nos verres ! Ne laissons pas la culture mourir. Lisez, écrivez, dansez, peignez, faites de la musique… Soyez actifs… Nous sommes déjà libres… Reprenons les rênes de nos vies… Réalisons nos rêves… Ensemble. ” C’est l‘urgence et l‘humanité qui a poussé ce jeune auteur à écrire, dévoré par la passion de dire, par ce désir d’altérité tant méprisé par nos dirigeants en cette année 2020 mortifère…

Johnny, tu m’entends ?
Mohammed Rezkallah
Éditions Sell Hopes