Philippe Perrin, le retour…

Philippe Perrin, le retour…

Après avoir exposé au Centre Pompidou (Paris), à la Maison Européenne de la Photographie (Paris), au Musée d’art contemporain de Lyon, à la Biennale de Venise ou encore à celle de La Havane, Philippe Perrin propose, pour cette première exposition à la galerie d’Éva Vautier, un dialogue entre quelques-unes de ses œuvres les plus récentes dont une série inédite : Peintures de guerre. Peut-être un appel à résister ?

Né en 1964 à La Tronche, près de Grenoble, Philippe Perrin a étudié dans les années 1980 à l’École des Beaux-Arts de Grenoble avec Philippe Parreno, Dominique Gonzales-Foerster et Pierre Joseph. L’artiste marquera rapidement la scène artistique internationale avec des œuvres où fiction et réalité s’entrechoquent en utilisant les codes de la violence sportive, policière, sociale, religieuse et intime. En compagnie d’autres artistes, comme Jean-Luc Verna ou Philippe Ramette, il animera la scène niçoise, notamment grâce à la Galerie Air de Paris et son directeur Édouard Merino. Tous nous firent croire qu’une nouvelle vague arrivait à Nice. Mais dans notre région, les vagues se fracassent trop souvent sur les rochers saillants du conservatisme. Et les voilà qui font rayonner Nice de leur exil doré… 

C’est pour cette raison que l’exposition Back Again marque un « nouveau retour » de Philippe Perrin, qui garde Nice dans son cœur. Il y revient régulièrement et y travaille d’ailleurs encore, en ce moment même, à l’enregistrement d’un album avec Philippe Paradis, un autre niçois, musicien et producteur, qui a fait ses armes sur les scènes nationales et qui revient lui aussi en installant son studio de production à La Station – Le 109. 

Philippe Perrin est un personnage qui a développé une sorte d’autofiction où se mêlent réalité et figures mythiques qui incarnent son goût de la révolte : François Villon, le Caravage, Louis Mandrin, Jacques Mesrine composent un panthéon sulfureux qui ont nourri son inspiration. La découverte d’Arthur Cravan a également été pour lui un catalyseur ; ce poète-boxeur a éclairé le jeune artiste né dans un quartier dit « difficile », et qui a depuis, gardé un goût certain pour ceux qui parlent sans filtre, les voyous au grand cœur et tous ceux qui loin de la bienséance ont su, à chaque fois qu’il l’a fallu, résister à la vindicte des Tartuffe et des totalitaires.

Dans le numéro précédent, nous avons publié un entretien avec l’artiste, une parution qui rend aussi hommage à Éva Vautier qui a le courage, dans une période où le bruit de bottes augmente, d’exposer un résistant comme Perrin. Dans sa galerie niçoise, il présente certains de ses dessins inédits, des pièces plus connues, mais aussi une nouvelle série : Peintures de guerre, sortes de toiles abstraites, qui prennent tout leur sens quand on sait qu’elles ne sont que les peintures dont les Amérindiens grimaient leurs visages pour partir au combat. Manifeste de la résistance, Perrin nous suggèrerait-il qu’en cette période, il nous faudrait peut-être en faire autant face à l’intolérance qui semble recueillir les souhaits de la majorité des peuples de la planète, dont le nôtre ?

29 juin au 28 sep, Galerie Eva Vautier, Nice. Rens: eva-vautier.com

photo : NUNCHAKU, 2014 Bois, acier inoxydable 270 x 26 cm (x2) © photos : courtesy de l’artiste et de la galerie Eva Vautier