26 Fév « Quand on dit non, c’est NON ! »
Comme toutes les années, nous consacrons un numéro aux Femmes à l’occasion du 8 mars. Bien entendu, une unique et seule journée dans l’année ne saurait suffire à lutter contre la régression planétaire actuelle qui les spolie de leurs droits conquis de haute lutte. Mais à cette occasion, depuis plusieurs années, nous tenons à dénoncer plus particulièrement, et comme on s’attache à le faire à chaque parution, ce recul sociétal quant aux droits des femmes qui ne cesse de s’accentuer.
Des pays sont en train de faire machine arrière sur le droit à l’avortement et donc sur la liberté des femmes à disposer de leur corps. Dans d’autres pays, c’est pire : on interdit l’éducation aux femmes et même leur existence sociale… Dans le même ordre d’idée, on interdit aux transgenres d’exister comme vient de le faire Trump. Ce qui est plus grave encore c’est que ces idées sont amplifiées par les patrons de la « Tech » qui dirigent les réseaux sociaux ou créent des logiciels d’IA… On condamne la Chine pour son totalitarisme, mais les idées de Trump et de ses courtisans ne valent pas mieux, tout comme celles de Poutine dont il n’est plus la peine de décrire la violence et l’intolérance. Et il y a tant d’autres exemples…
Ainsi ce numéro est émaillé d’articles évoquant la création féminine, leurs combats, et une résistance qui génère ses propres réseaux s’opposant à ce dictat machiste et informatique. La poésie sous toutes ses formes est un de ses principaux moteurs, car elle reste un des rares modes créatifs qui ne subit pas de formatage, ce qui en fait un outil de déstabilisation de ces logiques algorithmiques programmées par des fous. Sabine Venaruzzo, avec ses Journées Poët Poët, festival de poésie qui en est à sa 19e édition, en est une brillante illustration : femme, poétesse, militante, elle écrit, performe, agit, partage dans un désordre et une bienveillance rare et libertaire (page22)… Dans un autre genre, à Nice, le Musée d’Art naïf, brut et singulier : cet art pratiqué par des autodidactes, plus intéressés par la sincérité que par les codes d’une élite est aussi un rejet de tout formatage (page 19). L’exposition de la designeuse Zoé Aegerter à la Villa Arson nous rappelle que si l’IA est une intelligence artificielle relationnelle, les relations humaines en restent le modèle et que partager une chanson en réseau peut se faire sans machine (page 19). Elle revalorise ainsi le potentiel humain de mise en réseau et prouve que le cerveau humain peut toujours mieux faire que la machine. Au théâtre, les Dissonances de la Cie du Dire Dire dénoncent avec ironie les Tartuffe qui ré-écrivent l’Histoire pour justifier leurs points de vue en prenant, par exemple, le mythe de Jeanne d’Arc comme support de leurs idéaux totalitaires (page 12). L’humour, comme la poésie, dérange les totalitaires.
Ce numéro « Spécial femmes », s’il met l’accent sur les créations que nous devons à des femmes, ouvre ses colonnes à quelques-unes d’entre elles pour des portraits qui démontrent à quel point la condition féminine n’est pas un long fleuve tranquille et à quel point il faut qu’une femme lutte pour obtenir droit de cité même dans cette partie du monde qui se dit « démocratique ». Comme Michèle Pedinielli, écrivaine, spécialiste du roman noir, militante et féministe qui livre un 5e ouvrage poignant et salvateur (page 23). Comme Syna Awel, qui a redécouvert ses racines grâce à la musique : elle chante en kabyle, libérant ainsi sa propre parole en se réappropriant sa culture d’origine et en créant un métissage étonnant (page 5). Comme Sophie Raimond militante, enseignante et chercheuse qui a lancé REC.forward, un festival de cinéma et des colloques autour de films faits à partir d’archives privées, à partir d’images vraies du quotidien et son cinéma du réel (page 21). Marquant ainsi son amour des cinéastes/poètes, engagés politiquement. Toutes œuvrent pour la liberté, la sincérité, l’authenticité et le partage.
En fait, il est important que nous comprenions, toutes et tous, que défendre la liberté des femmes est une manière de lutter contre le totalitarisme bien souvent sous-tendu par un masculinisme violent et amoral, comme l’expliquait Pinar Selek dans son ouvrage Le chaudron militaire turc (1). Car l’Histoire nous a appris que la régression du statut des femmes et de leurs libertés a toujours été un signe de montée des idéaux totalitaires. Et le slogan que l’on doit au féminisme pour la question du consentement — « Quand c’est non, c’est non ! » — s’applique totalement à la réponse que l’on doit adresser aux masculinistes qui comptent parmi eux certains grands dirigeants de la Planète, dictateurs de tous poils et patrons de la « Tech ». On ne peut que malheureusement constater, en ce moment, une retenue lâche et pitoyable de nombre de nos dirigeants qui n’ont même plus le courage de dire « Non ! » aux prédateurs qui décident tueries, régressions, déportation… C’est là que le fameux « quoiqu’il en coûte » serait volontiers partagé cette fois-ci. Tant il serait de bon aloi de dire « Stop ! Assez ! », et lutter pour que cessent les élucubrations des leaders de ces « démocratures algorithmiques » qui colonisent les esprits à grands coups de fake news, de réseaux sociaux et de violences en tous genres. Il n’y a plus à négocier. Quand on dit non, c’est non !
(1) Pinar SELEK : Le chaudron militaire turc, un exemple de production de la violence masculine, publié aux Éditions des femmes-Antoinette Fouque, en octobre 2023 (voir article dans La Strada n°358 et sur la-strada.net/2023/09/05/la-liberte-est-feministe).