Qui sème le vent récolte la tempête

Qui sème le vent récolte la tempête

Ce numéro est dédié aux femmes, à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour leurs droits, le 8 mars – bien qu’une seule journée reste dérisoire au regard de ce qu’elles subissent encore. Mais soulignons que les féministes qui dénoncent depuis longtemps le masculinisme et le patriarcat pour leur violence sont des pionnières qui ont senti l’influence néfaste de ces courants qui aujourd’hui font les dégâts que l’on connaît.

La violence s’étale à la Une des journaux depuis quelques années. Ce n’est que le prolongement de l’exemple donné par certains dirigeants de la planète qui, dans leurs actes, ne font appel qu’aux rapports de force et qui nient le droit dans leurs discours haineux, discriminants et stupides. Dans ces groupes sociaux que sont les États ou les Nations, si la tête dérape, le reste ne tarde pas à suivre, surtout avec l’effet loupe que produisent les réseaux sociaux et la rapidité qu’imprime le Net sur l’information. Voilà que nous nous retrouvons dans une triste période qui rappelle les affrontements des ligues des années 30 (1).

Ainsi, de nos jours, on ne compte plus les « Stavisky », on remet en question l’État de droit, les votes de l’Assemblée sont contestés, voire quelquefois muselés. Va-t-on assister au déplacement du débat politique, déjà très violent, dans la rue, ce qui, à l’éclairage de l’Histoire, peut être préoccupant ? Mais justement, quand on parle d’Histoire en cette période, il semble que tous ceux qui ont accès à des tribunes politiques, médiatiques ou sur les réseaux sociaux ne veulent pas en parler et instrumentalisent, en fonction de leurs intérêts, tous ces faits de violence au détriment du droit, de la neutralité de l’État et du bien commun.

Dans notre société, trop nombreux sont celles et ceux qui confondent opinion et analyse objective des faits. C’est ce que l’on nomme de nos jours la « post-vérité »… En oubliant de contextualiser des faits, en oubliant les faits eux-mêmes pour donner une analyse guidée par une obsession, il sera impossible de continuer à vivre ensemble. Il ne peut pas y avoir qu’une seule version affirmée par la force qui vaille vérité. Mais cette « post-vérité » fait des ravages.

L’instantanéité qui prédomine dans l’information, les « petites phrases » d’antan d’hommes politiques se sont transformée en posts brefs qui ne sont que des réactions d’humeur, mais rarement le fruit d’une analyse objective.

Le bashing étant devenu un sport international, le lynchage médiatique ne pouvait qu’entraîner des lynchages physiques. Il faut que tout cela cesse. Que l’on reprenne des positions éthiques qui nécessitent de ne pas réagir « à chaud », mais imposent une prise de recul.

C’est ainsi que nous parvenons à des attitudes paradoxales au regard de l’Histoire : la guerre est devenue la paix, être de gauche c’est être extrémiste, être musulman c’est être terroriste, être juif c’est fasciste, au nom de la liberté d’expression certains demandent le droit d’être raciste, sexiste, etc. L’extrême droite est devenue un parti républicain et fait remplacer le patriotisme par le nationalisme qui, lui, est antirépublicain.

On n’essaie plus de parler à l’Universel en politique, on défend des groupes sociaux contre d’autres groupes. Cette atomisation de nos sociétés est la pire régression à laquelle nous avons pu assister. Le clivage est devenu la stratégie de tous les leaders politiques. Certes, dans un premier temps, elle permet de réunir un groupe, mais à terme, comment gérer un pays quand sa population n’a plus de base commune ?

Et ce n’est pas la théorie de « l’hypercentre », qui a laminé Droite et Gauche, ni le compromis avec un pouvoir qui concède peu et demande beaucoup, que ces choses vont s’arranger. Alors on voit paraître des sondages, çà et là, qui montrent que plus de 45 % des Français souhaiteraient un pouvoir plus autoritaire. Voilà où mène la frustration d’un peuple qui voit la société se déliter. 

L’impôt finit par ne plus avoir de sens. Il est combattu par les « illibéraux » au nom de la liberté. Ils veulent faire des économies sur le dos des Services Publics : l’enseignement part en quenouille, les hôpitaux aussi, les ponts s’effondrent, la protection de l’enfance n’a même plus les moyens de veiller sur la jeunesse qui est pourtant notre futur, la justice prend un temps infini à être rendue faute de moyens, et dans la Police ceux qui donnent des ordres d’une rare violence ne sont jamais punis. Et, paradoxalement, ceux qui obéissent et font leur travail servent de lampistes.

Alors à cela sert-il de vivre ensemble et de financer par l’impôt des gouvernements qui n’assurent plus les prestations minimales que nous voulions mutualiser selon des lois que nous votons ENSEMBLE ? Comment peut-on avoir envie de vivre ensemble sans l’éthique républicaine ? Ce que l’on appelle en droit les grands principes intangibles de la Constitution, qui font appel à l’Histoire de la République, et non pas uniquement de la France, sont tous les jours foulés aux pieds par des crétins qui ne sont bons qu’à distiller iniquement la bonne « baseline » pour faire le buzz en dehors de toute analyse et de toute raison.

Ce comportement immature nous mène à aujourd’hui : un monde où la loi du plus fort nous est imposée, où les monopoles et les grandes firmes imposent leurs CGU (Conditions générales d’utilisation) en lieu et place de la loi, où des chefs d’État puissants traitent la géopolitique comme une étude de marché.

Il faut se réveiller, au moins pour nos enfants. La planète souffre : inondations en hiver, sécheresse en été… Au lieu de faire des bassines qui pompent les nappes phréatiques, il n’y en a pas un seul qui pense à récupérer ces eaux de crue pour lutter plus tard contre la sécheresse. On parle d’économie de guerre, mais où sont les abris ? On parle d’effondrement, mais où sont les mesures pour le stopper ?

Alors la violence, l’inculture et la philosophie du gain à tout prix ne peuvent que nous conduire à notre fin. Il est temps de réfléchir au lieu d’hurler, il est temps de bâtir au lieu de cliver et de détruire, il est temps de se calmer et d’arrêter les postures pour se mettre à agir. ASSEZ DE VIOLENCE !

(1) Depuis la fin de la guerre 14-18 et la crise des années 30, les Ligues, hostiles au parlementarisme, montent en puissance. En 1934, la mort d’Alexandre Stavisky attise l’extrême-droite. En janvier, L’Action française appelle à manifester : A bas les voleurs ! Début février, la révocation de Jean Chiappe déclenche l’émeute du 6 février 1934 contre la Troisième République.