25 Mar C’est le printemps !!!
Les beaux jours reviennent. Les arbres sont en fleurs, comme les jeunes filles dont parlait Proust… Romantique à souhait, cette saison est aussi celle des révoltes, où naissent les résistances. Face aux guerres, face à la stupidité, face à la violence et à la cupidité de certains leaders politiques, face à cette montée « d’idées courtes », face à ce glissement progressif vers un totalitarisme qui affecte les peuples de la planète… Résistons, et comme disait le poète : « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien« .
Ce numéro est le premier d’une série qui sera dédiée aux résistants de la culture, à ceux qui ont refusé le « mainstream » de la machine à abrutir qui rabaisse la création à de « l’événementiel » ou à de « l’animation ». La culture est essentielle, contrairement à ce qu’en dit notre président. Et tous les mouvements de résistance de l’Histoire ont eu leurs poètes, leurs musiciens, leurs artistes…
Pour lancer cette série d’entretiens et portraits sur les résistants de la culture, nous commençons avec ceux qui ont opté pour des démarches atypiques et qui n’ont rien lâché : Serge Pesce a inventé un genre musical avec sa guitare accommodée reconnue dans le monde entier, et a refusé les sunlights du show-biz. Parce que ce n’est pas son truc, parce que ses potes font de la musique traditionnelle, de la world music, du jazz ou de l’expérimental (p.6).
Olivier Garcin, une tête de pont de Fluxus à Nice, poète dissident, libertaire qui, avec son Garage 103, a résisté, même si le petit « milieu » de l’art n’a pas voulu le comprendre. Il nous offre un ouvrage insensé qui relate une véritable épopée poétique, un concentré de poésie et de liberté (p.19).
GAK, rappeur, poète, revient à l’affiche avec un album et un ouvrage (p.3). Il est un des pionniers niçois de ce genre musical. Il présente Touche Noire, comme celles du piano. Des mots qui revêtent aussi bien d’autres significations… Il est de ces créateurs, comme Oxmo Puccino, Abd El Malik ou Gaël Faye, qui ont osé la littérature comme une invitation à l’élévation (p.3).
À plus de 80 ans, Gilbert Pedinielli présente une exposition en forme d’ode à la ville qu’il aime. Avec une audace incroyable, il retourne ses toiles en pleine exposition, car derrière chacune de ses œuvres s’en cache une autre. Tout un symbole… Travail géographique, mathématique, sa série M.K.P. (Malevitch, Klein, Pedinielli) est sidérante, solaire, magique, révolutionnaire (p.17).
Benoit Arnulf, coordinateur de l’association Les ouvreurs, organise le festival de cinéma In&Out, en lien avec la communauté LGBTQIA+ (pour laquelle il œuvre), propose une exposition sur le corps sublimé, et travaille avec son association sur la mémoire queer de notre région. Héroïques actions ! Dans une période où l’intolérance et l’obscurantisme mettent en danger ceux qui ont choisi la liberté et la différence (p.22).
Nous pouvons aussi évoquer la Cie de L’Echo, qui programme Un Démocrate, au Théâtre Denis à Hyères, un spectacle sur la manipulation de masse, la « fabrique du mensonge » (p.10), ou encore l’Université Côte d’Azur (UCA), ayant pris une motion pour déclarer son état financier inquiétant en raison des budgets de l’État qui ne sont pas au niveau des besoins (p.31). Nous avions déjà parlé de cette censure qui s’insinue dans le financement de la recherche et des thèses, mais aussi du désaveu de l’État pour les sciences sociales dans les universités françaises. L’UCA subit les mêmes problèmes que toutes les autres. Enfin, même s’il n’est plus doyen de la Fac de droit et sciences économiques de Nice, Robert Charvin et sa verve résistante continuent « d’envoyer du bois » dans nos colonnes pour lutter contre l’injustice. Il résiste depuis toujours et encore de nos jours, à 80 ans (p.31).
Chacun son chemin… C’est bien pour cela que la diversité est fondamentale pour préserver notre portique républicain : Liberté, Égalité, Fraternité. Avec une réserve qu’a rajoutée un autre résistant, Maurice Maubert (voir La Strada n° 369 et 373, et sur la-strada.net), plasticien niçois, « philosophe de la Roya et du Vieux Nice », un autre résistant : la liberté, oui ! Mais pas à n’importe quel prix, car elle doit respecter l’égalité et la fraternité pour que tout le monde y ait droit.
Car à l’inverse, les libertariens, les illibéraux à la Trump ou autres, paradoxalement, nient la loi au nom de la liberté. Alors que c’est la loi qui permet de la préserver. Leur vérité n’est qu’une « post-vérité » : soit leurs propres idées imposées par la force. C’est au nom de cette conception erronée de la liberté qu’ils se permettent d’envahir des pays, de faire tuer des gens… Au nom de LEUR liberté, que l’on pourrait plutôt qualifier d’égoïsme ou de « loi du plus fort ». Pour eux, sécurité veut dire répression, et vivre ensemble, expulser ceux qui les dérangent. Pour eux, empêcher le racisme, le sexisme, l’homophobie serait une atteinte à la liberté, alors que ce sont des délits. Drôle de conception de l’altérité et de la démocratie.
À ce propos, ne vivons-nous pas dans une république démocratique, et non pas dans une démocratie républicaine à l’américaine ? La démocratie n’est-elle pas simplement le moyen pour les citoyens de participer à la République ? Car lorsque, dans l’Histoire, des dictateurs furent élus démocratiquement et usèrent de leur pouvoir pour exclure, torturer, emprisonner ou massacrer, il a bien fallu lutter pour s’en débarrasser et rétablir la République. Et cela, contre l’avis de la majorité. C’est ce que l’on nommait Résistance lors de la dernière guerre mondiale, et dont on célèbre encore l’héroïsme de nos jours. Aussi, « l’antifascisme devenu fascisme » dans la majorité des médias et dans le discours de nombreux leaders politiques constitue une inversion de valeurs totalement inique et sidérante. L’extrême-droite, qui a toujours haï la République tout au long de son histoire, serait devenue, aux yeux de certains, moins dangereuse que les antifascistes. Ce n’est plus « la parole qui s’est libérée » mais la « collaboration » au sens le plus répugnant du terme qui s’entame au grand jour.
Alors vive le printemps, comme on l’a fêté en son temps à Prague, mais aussi en 1968, ou plus récemment dans le monde arabe pour y dénoncer les dictatures… Et comme on continue de le fêter le 1er mai… Vive le soleil, vive la nature, vive les gens, et surtout : Vive la liberté !