20 Juil Bonne(s) vacance(s)
Mieux vaut tout « débrancher », rompre les amarres, faire taire le vacarme des réseaux, l’invasion des écrans… Rien, le silence, la paix, s’arracher à cette folie qui dévore notre monde. De toute façon, au réveil de l’automne, vous constaterez que l’énergie aura encore flambé, que les « tarifs de nos vies » auront été « ajustés » à la hausse… Les vacances ont toujours été l’opium du peuple, un habile écran de fumée pour faire passer la pilule… Un éternel recommencement depuis des lustres.
La « Coupe du monde de la honte » a refermé ses portes. La trêve s’achève, et revoici le bruit de la guerre. Toujours la même méthode sournoise : le harcèlement. À l’image de ce que subissent les femmes : le stress, l’angoisse, les coups, la pression. Puis on relâche l’étreinte, on offre une fleur, une sortie, avant de recommencer jusqu’à épuisement de l’âme. C’est exactement cette même mécanique que l’on applique aux peuples.
J’oubliais : à la rentrée, nous aurons droit au vaudeville des élections. Débats d’apparat, petites phrases assassines, décryptage stérile de la communication des candidats, mais jamais, au grand jamais, l’analyse profonde des programmes. Et pour cause : qui présente encore un programme aujourd’hui ? C’est d’un ringard ! On vote pour une image, on s’éprend d’un influenceur. Comme si l’élection n’était qu’une télé-réalité de plus où l’on plébiscite le plus beau chanteur. On réduit ainsi le civisme à un simulacre déserté de son sens. Seule la polémique fait vendre. Mais hélas, nous n’achetons pas un produit : nous élisons un Président. L’homme qui aura le doigt posé sur « le bouton » de l’apocalypse, celui qui guidera nos destins. L’affaire est grave. Nous ne sommes pas au spectacle, ni sur les planches d’un spectacle de stand-up, encore moins dans un concours d’éloquence, mais au cœur du combat républicain.
Ce harcèlement continu, cette déshumanisation orchestrée, ce grand vide spirituel minent des peuples exsangues, fatigués, usés, dépossédés de leur esprit critique. On suit des gourous du vide, on ne s’informe plus, car on ne sait plus comment chercher. Le règne du « tout est possible » a supplanté la quête de vérité, érigeant le complotisme au rang de sport planétaire. L’état de Droit est désormais perçu comme une entrave à la liberté par les tenants de l’illibéralisme, tandis que la guerre se pare des habits de la paix. Le dictionnaire est inversé. Les règles du jeu démocratique volent en éclats. Certains tribuns estiment même que la Constitution est un obstacle, que le Conseil constitutionnel, son gardien, doit être abattu ; que les délinquants en col blanc ne devraient plus être en mesure de briguer aucune charge élective, sauf bien sûr, lorsqu’il s’agit d’eux-mêmes. C’est le monde à l’envers.
Alors, ne désespérez pas : la seule échappée belle pour survivre à ce chaos est de s’offrir une pause. Il nous faut ralentir la cadence, redevenir maîtres de notre temps, cesser de lui courir après pour enfin le cueillir. C’est le sens originel des vacances. Nul besoin de s’envoler vers des rivages lointains que déjà le dérèglement climatique surchauffe aussi. L’essentiel est de « retrouver » ceux que l’on aime, de se reconnecter à soi, d’apprivoiser la lenteur pour embrasser la paix. Car si la vacance désigne le vide, elle est aussi synonyme de liberté. Et la vacance de l’esprit n’est-elle pas cet instant précieux où l’âme se libère de toute chaîne, s’ouvrant à l’inattendu, sans boussole, même si elle flirte parfois avec ce « vide existentiel », cette absence de repères qui donne le vertige ? Paradoxe magnifique : en fait, c’est en vidant son esprit qu’on retrouve ses propres repères. Voilà le secret des vraies vacances. Car pour nous infliger le vide existentiel, les « puissants » déploient de grands moyens de brouillage : médias oligarchiques et algorithmes harceleurs, nous cernent toute l’année pour ouvrir une autoroute aux leaders autoritaires, ces « saigneurs » qui nous imposent leur loi par la violence.
Résister, c’est alors revenir à son propre tempo, à ses désirs profonds, loin de toute influence. Et si, cette fois, nous décidions de ne pas rentrer ? Si nous prenions congé pour de bon ? Si nous arrêtions de nourrir cette machine infernale où tout s’emballe, où la guerre se banalise, où la misère devient décor et la loi du plus fort, l’unique règle… L’indignation, la contestation, la provocation, la colère ou la sidération ne suffisent plus. C’est le RIEN qui porte peut-être la révolte : consommer moins, faire grève. Comment ces empires financiers qui nous pressurent et nous exploitent survivraient-ils sans nos bras et nos cerveaux pour produire, sans nos portefeuilles pour consommer ? Paul Lafargue et son Droit à la paresse en avait déjà dessiné les contours. Plus tard, Gébé avec L’An 01 prolongera ce rêve, et Stéphane Benhamou, dans son conte social La rentrée n’aura pas lieu, installera le décor de ce grand refus poétique et non-violent face à une société qui nous conduit droit à l’Effondrement. Car ce burn-out de la Terre, prophétisé par le GIEC, hypothèque pour de bon l’avenir de nos enfants.
Alors saisissons la télécommande de nos vies et appuyons sur PAUSE, ne serait-ce qu’une semaine. Le grand confinement de l’épidémie de Covid nous l’a prouvé : sans nous, le « grand rouage » s’arrête net, n’en déplaise aux dominants. Réveillons-nous avant que l’intelligence artificielle et les machines ne nous évincent, dessinant un avenir sombre à la Terminator, comme le redoutait avec effroi le génial Stephen Hawking, ce physicien visionnaire qui, du haut de son fauteuil, et malgré la maladie de Charcot, nous a légué un avertissement prophétique que nous avons choisi d’ignorer.
Même si la cloche finit par sonner la rentrée, vos vacances ne stopperont peut-être pas la froide prégnance du « matrix » cher à Philippe K. Dick, mais elles vous en auront extrait un instant, au moins. Elles vous offriront une oasis de paix pour réparer votre âme, rallumer le feu du désir et retrouver le goût de la vraie vie, de la liberté et… de l’amour. Belles vacance(s) !