Man Ray. Magie de l’image

Man Ray. Magie de l’image

Tel est le titre, on ne peut plus approprié, de l’exposition que propose le Musée d’Art de Toulon (MAT). Un parcours à découvrir jusqu’au 31 octobre, dans les univers de ce photographe qui était… bien plus que cela !

Quand on parle de Man Ray, beaucoup de personnes gardent de lui l’image d’un grand photographe du XXe siècle, ce qu’il fut, bien sûr… Mais cette exposition du MAT, réunissant près de 200 œuvres accompagnées de commentaires qui les présentent, rectifie largement le tir et nous montre l’importance de cet artiste dans l’histoire de l’art moderne et contemporain.

Le parcours offert au visiteur est organisé de façon chrono-thématique, et composé de six étapes : 1/ Naître moderne. 1911-1921. New York, Dada et Duchamp ; 2/ Paris. L’effervescence artistique. 1921-1939. Objets, surréalisme et pensée visuelle ; 3/ Expérimentations photographiques. 1922-1936. La lumière comme invention ; 4/ Expérimentations plastiques. 1921-1971. Objets, livres et métamorphoses ; 5/ Man Ray et la mode. 1922-1937. Le surréalisme habille Paris ; 6/ Le dernier atelier. 1940-1976. Hollywood, Paris et les œuvres en liberté.

Cette exposition fait écho à celle proposée à Hyères en 2023, par La Banque, musée des Cultures et du Paysage, que la Strada avait relayé. Le journal de l’exposition, mis à disposition des visiteurs pour les guider, fournit un bon résumé illustré de ces six étapes. Et logiquement sa couverture affiche l’une des œuvres les plus connues de l’artiste : pas Le Violon d’Ingres, la fameuse photographie de Kiki de Montparnasse vue de dos, avec deux ouïes de violon dessinées sur sa peau (1924), non… Mais Larmes (1932), à l’origine une commande publicitaire pour une société de cosmétiques et, à l’arrivée, une œuvre surréaliste mondialement connue.

De Dada au surréalisme

Voilà : le mot « surréaliste » est lâché ! Le lien fondamental entre Man Ray et le dadaïsme, puis le surréalisme, est abondamment illustré dans cette exposition. Celle-ci montre en outre qu’il a non seulement été l’un des grands photographes – et artistes – de ces mouvements, tout en conservant son indépendance créative malgré son amitié avec les grands noms de ces courants – Tristan Tzara, Marcel Duchamp, André Breton, Paul Éluard, Salvador Dalí… Mais aussi que cette liberté l’a conduit à devenir un cinéaste d’avant-garde. Il a en effet réalisé, entre 1923 et 1929, quatre courts métrages très singuliers, le premier ayant justement été conçu à la demande de Tristan Tzara : ils font partie du parcours de l’exposition.

Puisque nous évoquons ses films, et que le parcours permet de découvrir Le Retour à la raison réalisé en 1923, pourquoi ne pas choisir cet aspect de son œuvre pour conclure. Nous sommes là dans l’étonnante thématique Expérimentations photographiques. Pour cette œuvre, son tout premier film, Man Ray exploite sur une pellicule de film le procédé photographique de la rayographie (clous, ressorts, punaises, cordes, sel et poivre) qu’il venait alors de mettre au point –auparavant appelé schadographie. Cette technique, qui existait déjà avec les photogenic drawings réalisés dans les années 1830 par W. H. Fox Talbot, permet de « photographier » sans appareil, en laboratoire. Les résultats surprendront le visiteur, de même que ses photographies métamorphosées par la technique dite de solarisation. Des œuvres qui transcendent les concepts de photographie et de réalisme. Ce qui nous renvoie évidemment aux photogrammes Picasso-Villers de l’exposition – à présent terminée – Le spectaculaire à l’épreuve de la matière, présentée au printemps au Centre de la photographie de Mougins. 

Notez que le MAT offre au visiteur deux autres expositions, parallèlement à celle de Man Ray : l’une sur place, Paul Almasy. Photographe humaniste, l’autre à la Maison de la Photographie, Martin Parr. Short & Sweet (voir La Strada n°389).

4 juil > 31 oct, Musée d’Art de Toulon. Rens: musees.toulon.fr

photo : Larmes, 1932 Tirage moderne Telimage © Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris 2026

Tags: