Le « vivant » en vaut la peine !

Le « vivant » en vaut la peine !

Être en vacances et essayer de « déconnecter » (cf. couverture de La Strada n°390) de l’enfer de la chaleur, des incendies et des changements climatiques, mais aussi politiques, fut difficile.   Mais reprendre en pensant à tout cela, et y rajouter les sautes d’humeur d’un vieillard orange qui se comporte comme un cancre morbide et met la Planète en vrac, sans compter les guerres, les présidentielles qui annoncent une « campagne de caniveau »… c’est vraiment trop ! Car l’énumération de tous ces troubles qui secouent notre planète serait presque quantité négligeable face à la catastrophe annoncée : l’affaiblissement du Gulf Stream. Hé oui ! Le bout du bout est en vue… Car lorsque ce courant maritime, régulateur d’une partie de la température terrestre, s’interrompra, nous nous retrouverons dans ce film catastrophe : The Day After Tomorrow… Certes caricatural, mais qui est un condensé de ce qui pourrait arriver.

Aussi, l’éco-anxiété augmente dans la population, surtout chez les jeunes qui désespèrent de voir les adultes aux manettes se prendre la tête sur des petites phrases, sur des concepts qui n’ont rien à voir avec ce qui les effraie vraiment. On a envie de dire à notre classe politique : « Un peu de sérieux, mesdames et messieurs… Je vous demande de vous arrêter !« 

Mais nous espérons que ce numéro résonnera comme celui de la découverte par le livre grâce au Festival de Mouans-Sartoux (programme complet pages 24-25), qui nous dit cette année que Le monde en vaut la peine… Comme un appel, pour que tout un chacun réalise que notre Terre et le vivant qui l’habite valent la peine qu’on les préserve. Que ce concept devrait passer avant tous les autres tant il est essentiel. Rappelons-nous que nous vivons tous sur la même planète, que nous ne devons pas la transformer en « radeau de la Méduse », sous peine de faire disparaître toutes ses merveilles. Le livre est un moyen de voyager, de découvrir, de réfléchir, d’inventer… Préservons-le aussi, ne laissons pas les écrans le supplanter, ne laissons pas certains oligarques le censurer, l’orienter et, tout compte fait, le détruire. Il en va de notre culture, de notre lien social.

À ce propos, vous trouverez une chronique sur Le Livre de la honte (page 31), que nous avons découvert dans un autre festival exceptionnel : le Festival du Film de Douarnenez, où les documentaires ont la part belle. Il donne la parole aux réfugiés qui sont retenus contre leur gré dans des camps en Libye, en Tunisie, au Niger, etc., que l’on déporte, que l’on sous-alimente, que l’on torture, que l’on tue, que l’on livre au marché le plus sordide, celui des êtres humains et de leurs organes. Ces réfugiés ne sont pas de « bonnes victimes » expiatoires. Ils dénoncent la sale besogne du HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) qui, loin de les protéger, les laisse à la merci des criminels et de leurs trafics effrayants. Étrangement, les médias mainstream ne livrent pas ces informations. Il n’est donc pas étonnant que la xénophobie prospère. Car il est sûr que si l’on montrait la vérité de leur condition, beaucoup plus de gens comprendraient leur fuite, qui ne vise ni à « remplacer », ni à envahir, mais juste à survivre.

Dans le genre mauvaise victime, qui n’adopte pas la contrition comme seule posture et demande des comptes, vous retrouverez Thierry Vimal et le seul-en-scène : Prom_14, qu’il a écrit (page 23) au sujet de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016. C’est une des rares œuvres sur ce sujet et surtout, c’est une des rares tribunes ouvertes aux victimes et à leurs proches. Car souvent, pour les attentats comme pour les meurtres ou pour les crimes sexuels, on parle bien plus des agresseurs que des victimes. Ces dernières doivent lutter pour accéder aux tribunes médiatiques et politiques, ce qui, une nouvelle fois, est un paradoxe funeste dont nos sociétés ne manquent malheureusement pas en ce moment. Prom_14 se jouera au Festival du Livre de Mouans-Sartoux, là encore parce que la défense de la vie et la compassion en valent la peine. La Strada y présentera aussi, sur son stand A011, des auteurs qu’elle soutient (pages 22-23).

Enfin, dans le droit fil de ce désir de vivre et de préserver la vie, nous évoquons aussi le festival de Clown Power, manifestation familiale qui se déroulera au 109 (page 10). Le clown a ce grand avantage de pouvoir s’adresser aussi bien aux familles qu’aux adultes seulement, histoire d’interpeler le public sur nos « dérapages » modernes. Le clown, c’est un peu la base de la comédie. Il ne s’invente pas, il faut que chacun trouve le sien en lui-même. Cette autre vision de l’ego à l’éclairage de l’absurde est une manière de nous remettre tous d’accord, en riant, parce que le monde tel qu’il évolue ne peut pas être pris au sérieux ! Bonne lecture.