26 Mar Ça tremble aussi pour la Culture
C’est à se demander si le Printemps aura lieu cette année ! Le Printemps, c’est le retour des « beaux jours », des couleurs et des parfums… C’est aussi une période qui a vu naitre beaucoup de révolutions, de grandes manifestations, de changements… Eh bien, tout ceci n’est plus du tout « tendance » de nos jours. La Planète a mal, les fleurs éclosent n’importe quand, le climat est devenu fou, car l’activité humaine détruit les équilibres naturels.
L’homme détruit aussi ce qu’il avait mis des siècles à construire : la loi, la démocratie, le vouloir-vivre commun. De nos jours les tyrans sont admirés et élus. Et il faut bien reconnaître qu’ils le sont par les votes de ceux qu’ils oppriment. Récemment la Terre a tremblé dans notre région comme si la Planète bleue grondait… Bien entendu la raison dira que nous sommes en zone sismique et que ce n’était qu’une petite secousse. En faudra-t-il une énorme pour que nous nous réveillions ?
Personne n’aurait cru vivre la dystopie qui prend forme aujourd’hui : des dictateurs incultes se livrent à des élucubrations qui font des milliers de victimes, qui sèment le malheur, la mort et la misère. L’idée d’avoir inventé des armes de destruction massive était déjà très dangereuse, mais maintenant qu’elles sont aux mains de fous, que va-t-il se passer ?
Nous constatons que les budgets culturels baissent, que l’éducation est de plus en plus mal gérée, que le secteur Santé commence à s’étioler. La réponse est simple : il n’y a plus d’argent et nous devrions payer encore plus. Seulement, ce sont toujours ceux qui travaillent, qui « cotisent ». Il existe pour certains une voie perverse pour profiter des Services Publics sans les financer. Le mot qui qualifie cette posture est d’un cynisme sans limites : l’optimisation. Qu’y a-t-il d’optimiste dans le fait de voler la collectivité ? Personne ne veut s’attaquer à cette tare qui, bien sûr, fabrique des milliardaires, mais détruit le Service Public, l’équilibre social, et en fin de compte, fait éclater l’unité d’un peuple.
Notre journal traite de Culture, et il faut bien admettre que le désengagement de l’État en la matière est un symptôme inquiétant de la direction que prend notre pays. Sans Culture et sans éducation, les liens sociaux se délitent. Et la réponse répressive ne pourra pas changer les choses. Si l’on n’investit pas pour que les peuples soient constitués d’individus matures, connaissant leur histoire et les règles que le collectif décide, on aura beau mettre un policier derrière chaque citoyen, rien ne s’arrangera. Car pour faire société, il faut le vouloir et le pouvoir, grâce à un « minimum essentiel » de Culture commune.
Vous lirez en page 32 pourquoi les acteurs culturels tentent de freiner les coupes drastiques pour la Culture. Loin de ne vouloir juste protéger leur statut, leur lutte devrait être partagée par le public, car la Culture c’est le lien social. Et les moteurs du secteur que sont les salariés, les entrepreneurs et les créateurs devraient recevoir un soutien appuyé du public tant ils sont indispensables à cette valeur essentielle. Ne serait-il pas souhaitable que les dirigeants de théâtre ou d’institutions culturelles, tout autant que des collectivités territoriales qui sont, elles aussi, lésées par ces coupes claires dans les budgets de l’État, aident ces acteurs culturels à concerner le public, les citoyens en somme, pour provoquer une prise de conscience de la misère culturelle qui érode notre pays ? Certaines collectivités territoriales en France ont déjà commencé leur sale besogne en coupant des budgets ou en orientant leurs subventions de manière fascisante sur une vision de la culture excluant des pans entiers de population.
Outre les revendications et manifestations, la résistance s’organise. À Toulon, un festival d’art digital, le FOMO, tente de poser les bonnes questions sur l’Intelligence artificielle (voir page 19). Il est vrai que les artistes ont toujours détourné les outils, ce qui a permis au reste de la société de les contrôler au lieu d’y être asservi. On peut espérer ! Mais quand on voit comment les grands patrons de la Tech les gèrent et ne nous en laissent qu’une utilisation partielle, on peut s’inquiéter. Fabrique du mensonge, suppressions d’emplois, négation de la propriété intellectuelle… autant de conséquences qui mettent à mal l’humain et font barrage à notre capacité à « faire société ».
Nous ne pouvons pas laisser ainsi dériver notre monde, ne serait-ce que pour nos enfants et nos petits-enfants. Ils ne peuvent pas payer l’addition à notre place. Ceci serait inique. Certains réagissent individuellement à leur manière. Comme le Music Truck, initiative personnelle et libertaire, outil artisanal pour créer du lien social (voir page 31). Ces petits exemples, qui pourraient paraître anodins, démontrent bien que chacun peut lutter, avec ses moyens, pour rendre du sens à nos liens sociaux, à notre « vouloir vivre commun ». Nous tentons avec notre modeste publication de préserver ces liens. Est-ce une illusion ? Nous continuerons tant que les algorithmes et les magnats d’extrême droite qui possèdent une grande partie des éditions et médias ne nous bloqueront pas. Il ne faut pas que le Printemps devienne la saison où les fleurs fanent, car après elles, ce pourrait bien être notre tour.