Joue la comme Eugène Frey

Joue la comme Eugène Frey

Après sa réouverture en février, suite à quelques travaux de rafraichissement, la Villa Paloma – Nouveau Musée National de Monaco (NMNM) s’est vu contraint, comme tous les lieux de culture, de fermer ses portes durant le confinement. Un faux départ aujourd’hui oublié puisque l’exposition Variations : Les Décors lumineux d’Eugène Frey présentés par João Maria Gusmão est à nouveau accessible, tout comme les ateliers jeune public et famille qui reprennent dès le 8 juin.

Prolongée jusqu’au 30 août, cette exposition rassemble pour la 1e fois 300 oeuvres sur papier et plaques de verre d’Eugène Frey (1864-1942). Peintre, mais aussi affichiste et illustrateur, il est l’inventeur de la technique scénographique des “Décors lumineux à transformations”, système complexe de projections lumineuses permettant de conférer aux décors de scène de multiples variations de couleurs, de lumières et de formes tout en y intégrant des images en mouvement. Devenue un élément très utilisé dans les opéras modernes, la projection d’images animées sur scène n’est effectivement pas une invention récente ! Dès la fin du 19e siècle, dans le sillage d’Henri Rivière, qui a développé l’usage des vues de lanterne magique dans les pièces d’ombres, afin de projeter des décors en couleurs avec des effets de profondeur, Frey se construit une réputation dans le milieu des cabarets artistiques montmartrois, notamment La Boîte à musique, qu’il dirigera, puis le célèbre théâtre du Chat Noir qui semble avoir particulièrement influencé sa conception des projections.

Mais c’est à l’Opéra de Monte-Carlo en 1907, lorsqu’il représente des personnages et des animaux en mouvement, dans la course à l’abîme de La Damnation de Faust de Berlioz, puis en 1909, en offrant à La Walkyrie de Wagner des effets spéciaux permettant à la mythique Chevauchée de l’acte III de bondir sur scène, qu’Eugène Frey éblouit son monde. Pour cette exposition à portée historique, Célia Bernasconi, conservatrice du NMNM, a choisi d’associer l’artiste contemporain João Maria Gusmão qui réinterprète différentes techniques de projections dans une installation scénographiée de lanternes magiques, offrant aux visiteurs une expérience de “micro cinéma en lumière continue”. Imaginée en collaboration avec Pedro Paiva, son installation se confrontera dans un parcours “pré-cinématographique” aux projets de Frey et d’autres artistes, comme les créations d’Henri Rivière bien sûr, les expériences fantasmagoriques du grand Georges Méliès, les films de silhouettes de Lotte Reiniger, les chorégraphies de Loïe Fuller, et bien d’autres… Pour l’anecdote, et pour symboliser les liens qui unissent Eugène Frey à Monaco et au NMNM en particulier, ce dernier a édité, à l’occasion des 150 ans de la naissance du peintre, un timbre représentant le dispositif de projection utilisé dans La Damnation de Faust de Berlioz !

 

De la découverte à la pratique

Une fois l’exposition visitée, il est possible de s’inscrire à l’un des ateliers proposés par le NMNM. Comme de nombreux musées, la Villa Paloma programme tout au long de l’année des rendez-vous, accessibles aux plus jeunes ou en famille, en lien avec les expositions en cours. Ces ateliers reprendront in situ dès ce lundi 8 juin. Je précise in situ, car le NMNM proposait au cours du confinement des “ateliers à faire en famille à la maison”. L’idée était de monter votre propre spectacle de variétés avec la technique du théâtre d’ombres, dont s’est inspiré Eugène Frey pour imaginer ses créations. Vous pouviez ainsi construire votre théâtre, créer vos personnages, jouer et raconter vos propres histoires…

Eh bien à partir du 8 juin, c’est pareil, sauf que vos minots ne seront pas chez vous, dans vos pattes, mais à la Villa Paloma, accompagnés de médiateurs ! Plusieurs possibilités s’offrent à vous : le lundi, c’est écriture à choix multiples, un atelier s’inspirant de logiques simples de la programmation, qui visera à réécrire une scène de l’histoire de Faust en lui offrant des fins alternatives. Le mardi, lors de l’atelier d’écriture, vos rejetons tenteront d’inventer un récit fantastique inspiré par les œuvres de l’exposition et les réinterpréteront en dessin pour illustrer son histoire. Troisième choix, le vendredi, avec un atelier stop motion, qui aborde l’image et sa mise en mouvement à partir d’une application IPad. Après avoir découvert la technique de Michel Ocelot et de Lotte Reiniger, les enfants manipuleront des images découpées pour en faire une petite animation. Sympa, ludique, créatif… que demande le peuple ! Et rassurez-vous, chers parents, limités à 6 participants et soumis à une inscription préalable, ces ateliers ont été pensés dans le respect des distances sociales et des règles sanitaires en vigueur.