Black no more

Black no more

Satire politique publiée en 1931 et ressortie chez 10/18, cette oeuvre de George Samuel Schuyler résonne étrangement au vu de l’actualité récente.

Ce qui pourrait se traduire approximativement par “Noir, plus jamais”. George Samuel Schuyler (1895 – 1977)  est un écrivain, éditorialiste, polémiste et journaliste afro-américain. De 1923 à 1928, commence sa carrière de journaliste, d’abord au Messenger, puis pour The Pittsburgh Courrier, un journal hebdomadaire noir, puis pour The Nation, périodique socialiste et d’autres publications de gauche.En 1931, Schuyler publie son premier roman Black No More, satire dans laquelle les noirs, grâce à l’utilisation de la science, deviennent blancs et se fondent dans la société en général, ce qui entraîne une reprise socio-économique du pays en pleine crise post-1929.

Au début des années 1930, un médecin noir, le docteur Crookman, invente un procédé révolutionnaire qui, en deux jours et pour une somme raisonnable, peut transformer les personnes noires en personnes blanches. Max Disher, jeune habitant de Harlem, se bat pour être le premier blanchi. Il souffre des discriminations et une jeune blanche vient de le rejeter violemment dans un bar alors qu’il essayait de la draguer. Une fois blanc, il va tout faire pour la retrouver. Pendant ce temps, toute la société américaine est chamboulée. Les racistes ont peur que des noirs blanchis se glissent parmi eux, épousent leur femme et leurs filles, deviennent leurs amis ou prennent leur travail. Les personnes noires deviennent rares. Les lieux qui symbolisent physiquement la ségrégation, comme les salles d’attente séparées, disparaissent. Les entreprises de défrisage font faillite. Et alors que tout le monde s’affole, la campagne présidentielle s’annonce…

Si je devais définir en deux mots l’esprit de ce livre, je dirais qu’il baigne dans l’humour caustique. Également deux mots caractérisent George Samuel Schuyler : polémiste et journaliste. Alors que se sont déroulées d’innombrables manifestations à la suite de l’assassinat de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, asphyxié par un policier blanc sous les yeux de trois de ses collègues impassibles à Minneapolis le 25 mai 2020, la lecture du livre de George S. Schuyler résonne étrangement. On le parcourt avec un plaisir immense tout en ressentant un terrible malaise, l’impression que pas grand-chose n’a changé depuis cette époque où nous n’étions pour la plupart pas encore de ce monde.

Voici ce qu’on peut lire en avant-propos : Ce livre est dédié à tous les Caucasiens de la Grande République qui peuvent faire remonter leurs origines jusqu’à la dixième génération et affirmer sans ciller que leur arbre généalogique n’a pas la moindre branche, brindille ou feuille noires.

Black no more, George Samuel Schuyler, Editions 10/18

PS : Je vous rappelle qu’un livre s’achète dans une librairie. Et  nulle part ailleurs. Au demeurant, la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre instaure le prix unique du livre en France. Vous achèterez donc au même prix cet ouvrage dans une librairie, ce que je vous recommande vertement, plutôt que sur la plateforme d’une entreprise de commerce électronique dont je ne veux pas me souvenir du nom.