Un funambule élémentaire pour la réouverture

Un funambule élémentaire pour la réouverture

Réjouissez-vous, amateurs d’art, pour sa réouverture, l’Espace A VENDRE prolonge jusqu’au 21 janvier 2021 l’exposition Eric Duyckaerts, Funambule élémentaire, qui s’incrit dans le cadre de Manifesta 13.

Disparu en 2019, l’artiste belge Eric Duyckaerts fut ce funambule qui marche sur le fil de la raison avec l’obsession du pas de travers, du pas de côté qu’il n’a cessé pourtant de pratiquer. De même fut il celui de “l’élémentaire”, de l’essentiel, de la chose avant que l’idée ne l’absorbe. Comme en son temps le fit le poète Francis Ponge, il assura à l’objet le plus trivial la profondeur d’un sens que la pensée ne saurait seule lui accorder. Philosophe et juriste, il fut alors cet artiste qui traqua toutes les apories et les creux du langage là où l’absurdité se logeait au cœur même de la logique.

Lors de ses conférences performées, dans ses vidéos, ses installations et ses sérigraphies, par sa gestuelle, ses déplacements burlesques  et une voix professorale, il évoquait cette “autre chose” conceptuellement réelle mais qui défiait pourtant l’ordre de la langue. Ainsi une main à six doigts devenait-elle le propos d’une recherche scientifique avec conférences, dessins lardés de remarques et d’hypothèses où le sérieux s’indifférenciait de l’absurde. Cette dualité est le fil de cette exposition quand l’artiste parle dans ses vidéos comme dans un miroir, quand sur de grands formats il oppose la monochromie à des caisses démembrées, quand, dans des sérigraphies pastellisées, il montre des entrelacs de nœuds en parfaite symétrie, dans une logique apparente et pourtant de l’ordre de l’impossible.

Eric Duyckaerts est un saltimbanque de l’art et de la philosophie. Tour à tour Buster Keaton et scientifique fou, il joint le geste à la parole mais quand il parasite la chaîne discursive du langage, on ne saura jamais où se trouve la faille du raisonnement, le virus lexical qui s’est emparé de son logiciel. L’image demeure pourtant le constat à la fois tragique et burlesque de cette expérience. Il faut se soumettre à cet art là : on y pense l’interaction de nos doutes et de nos certitudes, l’ennui des choses vues et des poncifs contre cette autre monde, cette autre pensée tapie en nous-mêmes. L’œuvre d’Eric Duyckaerts est somme toute très flaubertienne par son humour sarcastique contre les idées reçues mais il y a aussi du Alfred Jarry et tous les autres qui nous rappellent en littérature comme en art que, dans la lourde machinerie sociale, le grain de sable du rire est le meilleur antidote contre la bêtise.

Signalons qu’il ne reste en revanche que quelques jours (jusqu’au samedi 5 décembre) pour découvrir les œuvres de six artistes liés à l’artiste liégeois — Ester Ferrer, Jean-Yves Jouannais, Jacques Lizene, Gauthier Tassart, Arnaud Labelle Rojoux et Qing Mei Yao — exposées dans la galerie et le showroom, qui proposent Un point complet sur la situation