Le désordre du monde

Le désordre du monde

Après avoir participé à l’exposition On est tous fou de Ben au Musée d’art naïf Anatole Jakovsky à Nice, Franck Saïssi investit l’Espace 21Contemporary, du 25 mai au 6 juillet prochain.

Qu’il peigne ou qu’il dessine, c’est toujours au cœur de l’orage que Franck Saïssi s’engouffre pour traduire nos doutes et nos désarrois face à l’étrangeté du monde. Et voici que soudain le voile des apparences se déchire pour mettre à nu toutes ces histoires de pulsions, de folie, de désir ou de tristesse qui s’appellent la vie. L’artiste capture les êtres, les architectures et les lieux à l’instant où la lumière se fait ténébreuse et que l’espace se désarticule. Le dessin devient alors cet écran sur lequel s’inscrivent les tremblements de cet invisible qui taraude notre regard quand celui-ci ne se heurte qu’à une réalité que nous peinons à déchiffrer. Franck Saïssi est cet artiste qui nous engage sur les chemins creux à l’aube des ruines ou des forêts inquiètes qu’il défriche en traits et en couleurs. Ici nul autre récit que cette exploration du monde dans ses perspectives vertigineuses avec la bave de la nuit et son empreinte sur le soleil.

L’art se confond aux méandres de la poésie quand sur des feuilles de livres ou des cartes, il dessine l’encre de la nuit sur une autre image comme pour extirper de celle-ci de nouvelles visions pour élucider les mystères du chaos et de l’émerveillement. Quand il peint, la couleur se décompose en des gammes inquiètes sur une seule et même tonalité et le gras des taches se confronte aux traits nerveux qui balafrent l’ensemble de la composition. De ce désordre apparent, une beauté trouble surgit comme si du terreau de nos terreurs un autre monde se recomposait, et qu’en celui-ci l’art se pensait, se justifiait et se révélait à nous. L’artiste tire sans fin sur les cordes d’une musique sèche pour extraire les notes d’une mélodie sombre qui aspire à la lumière. Et de l’ombre qu’elle accorde, de nouvelles bourrasques de sens se chevauchent pour faire surgir l’ébauche de nouvelles images. Ainsi l’œuvre, par son labyrinthe et ses effets de dévoilement, procède-t-elle, pas à pas, dans son aventure entre fulgurations, cris, éclairs ou silences, là où l’on ne perçoit que les décors vides de l’existence, les fantômes qui nous hantent et les visages hallucinés qui traversent nos mémoires. Dans ses vastes toiles fiévreuses comme irradiées d’un sang éteint ou de larmes sèches, Franck Saïssi nous entraîne sur les chemins dangereux de la poésie avec ses aspérités plantées dans le ciel et ses gouffres ouverts à la beauté.

25 mai au 6 juil, Espace 21Contemporary, Nice. Rens: 21contemporary.com

photo : Incandescence– huile sur toile Franck Saïssi © DR