Les oiseaux se cachent pour mourir

Les oiseaux se cachent pour mourir

Créée pour le Musée national des arts asiatiques – Guimet, et pensée pour deux lieux, l’œuvre de Manish Pushkale s’installe jusqu’au 28 août au Musée des arts asiatiques de Nice. L’artiste y fait évoluer la présentation de son installation monumentale en imaginant un parcours inédit au sein de la statuaire bouddhique exposée dans la rotonde de l’établissement azuréen.

Né en 1973, Manish Pushkale est un artiste indien, diplômé en géologie et archéologie. C’est après ses études qu’il se tourne vers la création artistique en intégrant le centre artistique Bharat Bhavan dans la ville de Bhopal, dans l’État de Madhya Pradesh. Il y trouve alors, dans ce creuset artistique et intellectuel indien, l’ambiance fertile et créative qui lui permet d’affiner – et d’affirmer – son style et sa sensibilité. Ses toiles, empreintes de sérénité et de contemplation, explorent le flux et le reflux de la civilisation ainsi que sa spiritualité sous-jacente. S’orientant vers l’abstraction, Pushkale est influencé par de grands maîtres de la peinture indienne, notamment Sayed Haider Raza. Membre de la Raza Foundation à New Delhi, il expose aujourd’hui ses œuvres en Inde et à travers le monde. 

To Whom The Bird Should Speak ? (traduisez : À qui l’oiseau doit-il s’adresser ?) est une installation monumentale, délicate et poétique, abordant un sujet alarmant : la disparition des cultures autochtones en Inde. Elle évoque l’effacement de la langue aka-bo, également connue sous le nom de chant des oiseaux, parlée par la tribu Bo dans les îles Andaman. L’œuvre de Pushkale transpose visuellement et abstraitement la langue aka-bo à travers un dédale de paravents de 3 mètres de hauteur sur 19 mètres de long. Les visiteurs sont invités à déambuler dans cette architecture labyrinthique au décor immersif. L’artiste fabrique lui-même son papier, recouvert de pigments minéraux provenant directement de l’archipel. Des oiseaux cachés dans l’œuvre font entendre leur chant, se substituant métaphoriquement à la voix de Boa Sr., dernière locutrice de la langue aka-bo. 

Cette exposition offre ainsi une réflexion profonde sur la disparition des langues et des cultures autochtones, tout en invitant les spectateurs à une expérience sensorielle et intellectuelle au cœur de l’œuvre de Manish Pushkale.

Jusqu’au 28 août, Musée des arts asiatiques, Nice. Rens: maa.departement06.fr

photo : Manish Pushkale devant l’installation To Whom the Bird Should Speak? © Courtesy de la galerie Ākār Prakār et de l’artiste, 2024.