Pouvoir tout dire !

Pouvoir tout dire !

Organisé par La Semeuse, le Festival International de Commedia dell’Arte de Nice revient pour une 9e édition conçue autour de 10 représentations et 3 master classes données dans 9 lieux. Une programmation où les 50 artistes venus d’Italie, de France et d’Espagne rivaliseront d’enthousiasme, de verve et de liberté créatrice pour faire partager la passion de leur art séculaire, entre jonglerie, acrobatie, escrime, mime, danse et chant. 

Le 25 février 1545 à Padoue en Italie, 8 acteurs de la Compagnie fraternelle signent un acte notarié pour ne plus être considérés comme des « dilletanti » (comédiens amateurs), mais comme des comédiens professionnels ou « comédiens de l’art ». C’est le plus ancien contrat d’artiste entre une troupe professionnelle et un État européen, un document considéré comme l’acte fondateur de la Commedia dell’arte. Les comédiens ont alors le droit de s’exprimer librement, et de se faire payer par le public. Itinérantes, les troupes circulent dans toute l’Europe en écumant les villages les plus pauvres comme les Cours du continent. Sollicitées par les rois de France pour de courtes tournées, Catherine de Médicis imposera la sédentarité de la Commedia dell’arte à Paris, seul théâtre fixe que les « comédiens de l’art » aient jamais connu. Installation en 1653 au Théâtre du Petit-Bourbon partagé avec la troupe de Molière, cinq ans plus tard. Quand est créée La Comédie Française, les italiens migrent à l’Hôtel de Bourgogne, et, comme leurs pairs français, jouent tous les jours. En italien, pour éviter la concurrence ! Louis XIV les chassera pour s’en être pris à Mme de Maintenon. Retour en 1720 avec l’arrivée du Régent. Ils jouent alors en français, car Marivaux écrit pour eux… Voilà pour la « petite » histoire de la Commedia dell’arte que La Semeuse met chaque année à l’honneur, avec une programmation de spectacles populaires joués dans le cœur de Nice : au Centre Culturel de la Providence, au Palais Lascaris, sur la place du Palais de Justice, dans les quartiers Las Planas, les Moulins, l’Ariane… 

Impossible de lister tout le programme, qui combine des classiques comme Don Quichotte de Cervantes et des formes contemporaine, telle La rivalsa delle streghe (La revanche des sorcières), comédie haute en couleurs de la compagnie italienne LiberaKānti, portée par les thèmes brûlants de l’émancipation féminine et de la lutte pour les droits des femmes…  Citons aussi Lo Sbrufone punito (Le Fanfaron Puni), jouée en italien au Consulat Général d’Italie dans la pure tradition des marionnettes par l’association Marionnettes à Bologne de Riccardo Pazzaglia, ou L’École des Femmes de Molière, que la Cie Alain Bertrand interprétera au Théâtre Francis Gag, sur une mise en scène de Carlo Boso. À 77 ans, le Maestro de la Commedia dell’Arte s’est toute sa vie consacré à cet art. « On raconte des histoires dans lesquelles on évoque les conflits entre les pouvoirs de l’amour et l’amour du pouvoir. Et on fait triompher les pouvoirs de l’amour… C’est une forme de théâtre professionnel fait par des gens qui savent chanter, danser, faire de la pantomime… C’est un moment de liberté durant lequel on peut tout dire« , explique le dramaturge italien. « Le théâtre reste encore une île heureuse dans laquelle on peut représenter sur le plateau les conflits des gens, de peuples, de générations à travers le lieu du théâtre et pour arriver à trouver des solutions dans tous ces conflits… Arriver à éradiquer, à travers le savoir, cette poche d’ignorance qui nous porte à se faire du mal entre frères« .

20 juin au 1er juil, lieux divers, Nice. Rens: commedia-nice.com

photo : La rivalsa delle streghe © DR.jpg