Le geste et l’intrigue

Le geste et l’intrigue

Cet été, Catherine Issert propose dans sa galerie historique de Saint-Paul-de Vence une exposition de la jeune peintre française, Marine Wallon. 

« C’est la première fois que je propose une exposition estivale d’une jeune artiste« , précise la galeriste, enthousiaste, qui œuvre depuis la fin des années 70 avec un œil des plus aiguisés. Marine Wallon a été nommée à Drawing Now en 2023, après avoir reçu le prix de la jeune peinture contemporaine Jean-François Prat en 2022, et plusieurs prix internationaux prestigieux les années précédentes.

Dans ses peintures, gravures et dessins, les paysages règnent en maître et mettent parfois en scène de minuscules humains qu’on dirait enchâssés dans un décor épais, un environnement aux forces plus grandes qu’eux. « Je travaille à partir de captures d’écran qui proviennent de films touristiques, la plupart du temps destinés à la promotion d’un territoire. Je fais ma capture d’écran au moment où je vois la peinture apparaître, en termes de couleurs, de composition, et d’inattendu : je cherche quelque chose d’intrigant« , détaille l’artiste. « Ce qui m’intéresse le plus dans ces images où on voit simplement des gens errer dans des endroits indistincts, vastes et  »incadrables », c’est qu’ils semblent chercher à décrypter le paysage mais restent malheureusement sans réponse. »

Pour elle, le dessin et la peinture sont des « matières infinies« , des espaces géographiques où elle « juxtapose des mondes différents« . Munie de pinceaux, de brosses, de tissus plongés dans l’huile et jetés sur la toile ou simplement de ses doigts, elle livre une peinture vibrante, où les repères de réalité sont noyés : nous sommes face à des aplats sans ombre, des perspectives effacées, des étendues de nuances sans détail, comme un vide ou une oblitération qui résiste par sa teinte unique et fluide en une étendue tranquille. Une montagne est un coup de pinceau à gros poils ou un raclement de gouache. D’un geste, elle fabrique le vent, l’érosion d’un relief, une eau en chute. Et là, un accident pointu et piquant : une crête montagneuse, un groupe d’humains, une frêle embarcation, un arbre…

La couleur participe à la confusion et à la grande liberté laissée à notre perception : une langue de terre couleur cassis, un halo lunaire qui se transforme sous nos yeux en tornade sombre… L’artistes évoque des couleurs tantôt « gustatives« , tantôt « noires« , et dont le statut dépend de leur position dans le plan, leur hiérarchie pourrait-on dire, comme une scène de film où avant et arrière-plans jouent chacun leur rôle, évoquent et racontent, dans une narration de scènes paradoxalement inénarrables.

29 juin au 31 août, Galerie Catherine Issert, Saint-Paul-de-Vence. Rens: galerie-issert.com

photo : Marine WALLON, Aspa, 2024, Huile sur toile, 200x160cm – Courtesy de l’artiste et de la galerie Catherine Issert © Nicolas Brasseur