Quelle parade de Pierre Ardouvin !

Quelle parade de Pierre Ardouvin !

Le Centre d’Art Contemporain de Châteauvert a donné carte blanche à l’artiste Pierre Ardouvin qui présente un ensemble inédit de sculptures burlesques et attachantes, entreprenant la traversée périlleuse d’un paysage bouleversé et nous questionnant sur notre propre condition.

Le projet artistique du centre d’art contemporain de Châteauvert ne peut être dissocié de sa structure institutionnelle, de son site, de son histoire et de son implantation. Situé au nord de l’Agglomération Provence Verte, cube de métal noir surplombant une prairie ensoleillée bordée par le fleuve Argens, le centre d’art s’oriente naturellement, de par cet écrin de nature préservée, autour de problématiques liées au vivant. Sa programmation est induite par une réflexion mêlant à la fois les questions esthétiques, sociétales, environnementales ou économiques actuelles décloisonnant ainsi disciplines et approches. Voilà pourquoi le choix de donner « carte blanche » à Pierre Ardouvin relève de l’évidence ! Sous des traits d’humour, l’artiste français a pour habitude de soulever des questions pesantes, sur la violence sociale, la société de contrôle, le repli identitaire, le libéralisme ou encore la fin des utopies.

Les titres des expositions de Pierre Ardouvin, minutieusement et malicieusement choisis (Tout est affaire de décor, Marcel, Soupe de têtes de fantômes, Prouve que tu existes, ou encore Purple Rain), laissent aisément deviner que Parade, titre de cette exposition et œuvre produite pour l’occasion, s’il fait référence à l’univers du cirque et surtout au film éponyme de Jacques Tati, est aussi une manière de suggérer l’évitement, la riposte, la diversion face à un imprévu ou une attaque. L’artiste s’est saisi des réalités territoriales, pas si éloignées de celles que l’on nomme globales, et de leurs débordements, au travers de son lexique formel pour composer à partir d’éléments du banal et du quotidien ce que nomme très justement Éric Mangion « une situation« , comme des « instants furtifs arrachés« . Les objets rassemblés et organisés à Châteauvert sont de potentiels fantômes de chacun et chacune. Avec cette invitation joyeuse et mélancolique, fragile et concrète, où le maximum rejoint le minimum, l’artiste nous incite à parader comme s’il s’agissait de s’essayer au grand écart.

28 juin au 1er déc, Centre d’art contemporain de Châteauvert. Rens : centredartchateauvert.fr

photo : La roue de la fortune, Pierre Ardouvin © Florent Gardin