« Libre elle est née, libre elle mourra »

« Libre elle est née, libre elle mourra »

A l’occasion du 150e anniversaire de la création de Carmen par Georges Bizet, Daniel Benoin recrée l’opéra qu’il avait déjà mis en scène en 2017, avec une distribution renouvelée, et Lionel Bringuier à la direction de l’Orchestre Philharmonique de Nice.

Lorsqu’en 2017, Daniel Benoin, directeur du théâtre Anthéa d’Antibes, met en scène ce chef d’œuvre de l’opéra-comique, parmi les plus joués au monde, c’est une forme d’accomplissement. Il y pensait depuis longtemps : « J’aime l’Espagne et je crois assez bien connaître son histoire« . Au début du siècle, à Séville, il met en scène Les Troyennes de Sénèque et reste alors marqué par l’atmosphère surchauffée de la ville andalouse du sud de l’Espagne. Aussi pour monter ce Carmen, il décide de replacer l’action dans la grande histoire, celle du début de la guerre civile d’Espagne, en juillet 1936. 

Quand cet opéra en quatre actes, d’après la nouvelle de Prosper Mérimée, est créé en 1875, un public scandalisé manifeste sa désapprobation outrée en découvrant les mœurs bien trop libres de cette femme, Carmen la gitane. La presse évoque « un dévergondage castillan« . Né des librettistes Meilhac et Halévy, le personnage de la bohémienne est ici interprété par Ramona Zaharia, qui succède Aurore Ugolin, fascinante dans la précédente « version ». 

Et une chose est sure, la belle cigarière n’a pas froid aux yeux ! Elle provoque une rixe à la manufacture de tabac et le brigadier Don José (Jean-François Borras) qui la conduit en prison, se fait retourner la tête face à son charme animal et provocant ; il la laisse partir. Indépendante et libre de son corps comme de son désir, elle suscite celui des hommes, mais c’est elle, qui choisit et congédie, quand ça lui chante — c’est le cas de le dire ! Ensorcelé, Don José largue les amarres, pour rallier les contrebandiers et son irréprochable mais si vertueuse promise, Micaëla (Perrine Madoeuf). Bien-sûr, jaloux comme un pou, il finit par lasser Carmen qui déjà bat des cils pour le toreador Escamillo (Jean-Fernand Setti). Sur fond de corrida, Don José voit rouge et, de son poignard, porte l’estocade à Carmen, venue voir Escamillo toréer. Dans l’arène, le torero triomphe pendant que Carmen trépasse… En ce 21e siècle, beaucoup d’hommes jaloux, ont gardé cette fâcheuse manie de suriner leurs femmes à la moindre contrariété… Aussi faire renaitre ce mythe est un symbole, car : « Jamais Carmen ne cédera. Libre elle est née, libre elle mourra« .

28 mai au 3 juin, Opéra de Nice. Rens: opera-nice.org
11 au 15 juin, Théâtre Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr

photo : Carmen © Dominique Jaussein