Des mots sur les maux

Des mots sur les maux

Du quotidien à la ferme en plein cœur du Morvan dans les années 50, en passant par les amours de jeunesse, les secrets de famille et les vengeances personnelles, dans son dernier roman, Sophie de Baere nous livre une histoire belle et poignante sur les blessures des filles et les cicatrices des mères.

S’il est bien un secret qui n’en est plus un, c’est que Sophie de Baere adore les squelettes. Pas ceux qui peuplent nos cimetières ou ceux qui prenaient la poussière dans nos salles de classe, mais plutôt ceux qui hantent nos placards.

Après 3 romans passés à disséquer les relations humaines, elle revient fouiller dans ces armoires pleines à craquer, avec Le secret des mères, une histoire familiale multiple, tour à tour poignante, révoltante, suffocante — haletante, toujours — où elle explore les non-dits et les secrets familiaux de ce style précis et affuté qui la caractérise. 

L’histoire suit parallèlement Colette et Marthe dans des temporalités différentes, que l’on devine liées, mais dont on ignore comment. Sophie de Baere nous plonge successivement dans la France rurale de l’après-guerre jusqu’à notre époque, tout en passant par les années 60 et leurs bouleversements, abordant au passage l’histoire de ces maisons maternelles pour « filles-mères » ou encore celle des « Petits Paris » (ces enfants abandonnés ou orphelins, confiés à des familles du Morvan par l’Assistance Publique).

À partir de cette toile de fond, l’auteure dépeint avec talent les amours interdites, les secrets familiaux, les préjugés et la lutte des femmes pour simplement avoir le droit de vivre comme elles le désiraient, à une époque où elles n’en disposaient que bien peu. 

Les tableaux défilent et on ne plus s’arrêter. Le besoin de savoir, de comprendre se fait de plus en plus pressant à mesure que les personnages se dévoilent, se livrent à nous, dans leur sincérité la plus nue, la plus authentique. On observe alors les histoires se rapprocher puis se croiser, les schémas se répéter puis éclater, face à la vérité. Implacable. Indomptable.

Et même si c’est de plus en plus dur, même si au fil des pages on redoute ce qui va suivre, Sophie de Baere nous embarque et nous accompagne dans ce tourbillon, sans jamais nous laisser tomber, sans jamais cesser de nous rappeler, sa main fermement posée sur notre cœur : « Tu sens ? C’est de là que tout vient.« 

Le secret des mères de Sophie de Baere (Éditions JC Lattès)

photo : Sophie de Baere © Olivier Frajman