Nécrospirituelle

Nécrospirituelle

La faucheuse est passée et nous prive de nouveau de quelques génies, de quelques libertaires que le système de technocratie algorithmique pourfend.

Jean-Loup Dabadie nous a quittés le 24 mai dernier, il était un compagnon de route de Guy Bedos, pour qui il écrivait. Il fut scénariste brillant, parolier génial… Jean-Loup restera un des piliers de l’Ancien Monde et de ses succès.

Il y a 3 jours, c’est Christo qui nous quittait. Il aura emballé tant de lieux, tant d’entre nous aussi. Il aura réalisé tant de projets pharaoniques qui auront marqué l’Art, mais pas seulement… Car le gigantisme de ses œuvres aura marqué l’Histoire. Cette démarche incroyablement poétique, en dehors de tout carcan et de toutes règles, s’est développée grâce à la puissance de ses rêves. Comme si ces derniers étaient un carburant surpuissant qui mène tout un chacun sur la “Planète Christo”.

Mais pour moi, qui suis arrivé dans ce monde du spectacle vivant, de son organisation, en travaillant lors de ma “première” pour la promotion d’un spectacle de Guy Bedos, la nouvelle de son décès fut un crève-coeur. Car c’est mon parrain qui s’en va… Je garderai le souvenir d’un homme d’une générosité et d’une gentillesse rare. Il m’avait défendu, car lors de sa venue un officier pompier était venu m’agresser pour des raisons de sécurité auxquelles je ne pouvais rien. Avec son look d’Aryen, cette armoire à glace s’était pris une volée de bois vert pendant le spectacle qui m’avait fait chaud au cœur. Guy avait été obligé de louer un chapiteau devant le Palais des expositions, car toutes les salles de Nice lui avaient été fermées, le Maire de l’époque n’ayant pas apprécié une vanne envoyée au Théâtre de Nice : “Ici, ce n’est ni gauche, ni droite, c’est le milieu non ?”

Mais le chapiteau ne pouvait convenir, car le carrefour du Palais est certainement l’un des plus bruyants de la Ville… Nous fûmes finalement transférés dans une petite salle du premier étage du Palais des Expositions, où tous les soirs Holiday On Ice faisait ses répétitions pendant le spectacle de Guy. Qu’à cela ne tienne, on aurait dit que toutes ces contraintes le rendaient encore plus drôle, plus acerbe et génial.

Par la suite lors de mes activités de promoteurs, Guy est revenu en tournée et n’a jamais oublié tout cela. Il était humble et toujours attentionné avec les gens. C’était sa nature, il ne se forçait pas. Qui prendra la suite de ce dernier des humoristes qui envoyait du bois au bon moment contre les puissants ? Il est clair que ce ne sont pas ces animateurs d’émissions TV, où la vulgarité qui flatte les bas instincts est le moteur d’un rire gras, qui oseront inviter des gens qui feraient des politiques les fantoches qu’ils sont en réalité. Adieu, Guy. Ou plutôt à bientôt… Mes condoléances à toute ta famille.

Vous pouvez lire sur ce lien la lettre posthume de son fils Nicolas, qui a eu la générosité de partager un moment intime, tant il savait que le public de Guy Bedos était comme une famille.